Une libération conditionnelle
Il est beaucoup question de dépression et de maladie mentale ces jours-ci. Cela est peut-être dû à la luminosité ambiante qui est en chute libre à ce moment de l’année, allez donc savoir. Toujours est-il qu’ils sont plusieurs à sortir du placard pour nous raconter que dans leur tête, c’est toujours l’automne…
Je pense à l’ex-joueur des Canadiens Patrice Brisebois qui a avoué avoir flanché, il y a quelques années, sous les huées répétées de ses tortionnaires. Des smattes animés d’une cruauté inouïe alimentée par de «bienveillants» confrères de la presse anglophone montréalaise. Brisebois l’a reconnu, ça l’a mené tout droit à la dépression et il a alors dû recourir à une médication particulière pour garder la tête hors de l’eau. Dans un bel élan de sympathie et de solidarité, tout le monde a souligné le courage manifesté par Brisebois lors de sa confession et lui a accordé un appui inconditionnel, tout à fait mérité au demeurant.
Je pense aussi à Michel Courtemanche, qui avait déjà levé le voile sur le mal qui l’habitait, mais qui est allé encore plus au fond des choses sur sa condition de bipolaire dans un documentaire fort touchant diffusé en deux volets à Canal Vie cette semaine et la semaine prochaine. Dans le premier segment, il fait étalage – c’est le cas de le dire – des médicaments qu’il doit consommer au quotidien pour mieux vivre. Nommez-les : lithium, Wellbutrin, Prozac, et j’en passe. Une révélation qui était impensable jusqu’à encore tout récemment.
Faut croire que les mentalités ont changé. Et surtout, ça nous donne envie de croire que notre niveau de tolérance face à cette réalité est maintenant beaucoup plus élevé. Sauf que de ça, vous m’excuserez, je n’en suis pas si sûr. On est prêts à être empathi-ques et ouverts, bien évidemment, mais il me semble que cette sympathie, on est bien bons pour l’offrir, mais avec un bras de distance long comme ça. Je m’explique. Et, j’insiste, ça n’a rien à voir avec l’histoire des deux individus précédemment nommés qui ont fait montre d’une admirable transparence dans leur malheur. Le problème, ce n’est pas eux, mais plutôt nous. Ou, soyons réservés, une grande partie de nous.
Imaginez que votre fille arrive à la maison avec son nouveau chum et que vous apprenez que celui-ci avale un cocktail de médicaments chaque matin pour passer à travers sa journée sans trop de peine. Ou alors, que l’animatrice de la garderie que fréquente votre p’tit dernier prend sa dose quotidienne d’Effexor. Placez-vous dans cette situation et jurez-moi que ça ne vous ferait pas un pli sur la différence? Pas sûr, mais alors là, pas sûr du tout…
S’il est vrai qu’au cours des dernières années notre prise de conscience du problème a été incontestable, il ne faudrait pas croire que notre acceptation des personnes souffrant de maladie mentale ou de dépression est une chose réglée. Loin de là. En fait, notre travail ne fait que commencer. Sauf que là, ce n’est surtout pas le temps de lâcher, on semble bien partis…
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.