Les vieux malcommodes
Y a-t-il quelque chose qui rend plus mal à l’aise que de voir aller un couple de vieux acariâtres qui se picossent tout le temps? Au début, on peut trouver ça amusant, mais à la longue, ça devient carrément agaçant. Malgré tout, on continue à les inviter à chaque réunion de famille, même si on sait fort bien que ces deux-là vont sûrement finir par nous les casser d’aplomb.
Ils se croient folkloriques et divertissants, ils sont finalement plutôt pathétiques et lourds. Mariés obligés jadis, on dirait que l’un n’a jamais pardonné à l’autre d’avoir fait partie de sa vie.
En 1968, la fondation du PQ avait, en quelque sorte, aussi été un mariage forcé entre deux familles qui ne se piffaient pas vraiment. Pour établir la principale adresse souverainiste de l’époque, René Lévesque, chef du Mouvement souveraineté-association, avait bien voulu s’associer au très placide Ralliement national de Gilles Grégoire. Par contre, il n’avait rien voulu savoir des membres du Ralliement pour l’indépendance nationale de Pierre Bourgault, la frange indépendantiste plus intransigeante qu’il considérait de surcroît électoralement non rentable. Voyant que leur groupe ne ferait pas partie de l’aventure, les militants du RIN avaient donc choisi de joindre les rangs de la nouvelle formation un à un. Ce fut là le début d’une cohabitation explosive et contre-nature qui demeure sensiblement pareille, quarante-trois ans après la naissance du PQ. Aujourd’hui, ces deux entités dissemblables cohabitent toujours sous un même toit, même si ça fait un méchant bout qu’elles ne partagent plus le même lit. Avec les résultats qu’on connaît.
Comme pour notre couple de p’tits vieux malcommodes qui fatigue tout le monde avec ses empoignades, on sait bien que ces deux clans-là ne pourront jamais s’éloigner l’un de l’autre dans leur combat à mort. De toute façon, il est maintenant trop tard, beaucoup trop tard pour qu’ils puissent imaginer se refaire une nouvelle vie. Ils furent jeunes et fougueux. Ils sont maintenant poqués et pas mal moins attrayants.
La triste conclusion est facile à imaginer. On attendra que l’un ou l’autre des groupes s’éteigne tranquillement. Incapable de survivre au départ du premier, le second devrait suivre assez rapidement. Hors de la discorde, il aura perdu sa seule raison d’être. C’est ainsi que s’annonce la mort du PQ. C’est pour quand? Aucune idée, mais on pourrait avoir des surprises. Ce qu’on retirera de l’histoire, c’est qu’en politique comme dans la vie, les unions forcées finissent toujours mal. Tôt ou tard. Toujours trop tard…
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Comme vous, j’ai regardé les funérailles de Jack Layton à la télé. Une célébration touchante, inspirante et parfois même rigolote. En accord parfait avec ce que fut l’homme. Un bel adieu. Pas sûr par exemple que Stephen Harper a tripé très fort sur le pasteur gai qui présidait la cérémonie…
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