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La forêt urbaine, un actif de 1 G$ à protéger

«L’arbre dans la ville est bien de son temps
Se laisse trimbaler par le vent
Limité à passer sa vie dans le ciment
L’arbre essuie l’air du temps
Poumon de la Terre Arrosé par la pluie et par les chiens du quartier
Y s’tape et embellit le teint gris de la cité
L’arbre est un porte-poussière.
»

Dans sa chanson L’arbre dans la ville, Yann Perreau décrit bien la réalité – et le stress – des 233 000 arbres de rues de la métropole. Ces végétaux citadins ont droit à davantage de soins depuis quelques années. «On reconnaît de plus en plus l’importance des arbres en ville», lance Christian Messier, professeur d’écologie forestière à l’UQAM et titulaire de la Chaire de recherche CSRNG–Hydro-Québec sur le contrôle de la croissance des arbres.

Quand un arbre est abattu, la Division de l’arboriculture prélève une lamelle du tronc pour son programme de dendrochronologie. On peut ainsi voir les périodes de stress que l’arbre a connues dans sa vie, dont le verglas de 1998, par exemple. La dendrochronologie est seulement une des facettes du Programme de recherche en arboriculture de la Ville, qui vise à faire de Montréal une plaque tournante dans le domaine.

Dans la métropole, on estime la canopée – le couvert forestier – à près de 20 %, un taux semblable à celui de Vancouver et de Toronto. On remarque une baisse significative de la diversité biologique lorsque la canopée se situe sous les 30 %.

La Ville a pour objectif d’augmenter sa canopée à 25 % d’ici 2025. «C’est un objectif réaliste si on y consacre les sous nécessaires, note M. Messier. L’espace est là, mais ça coûte de l’argent de planter des arbres.»

Le budget de fonctionnement de la division de l’arboriculture à la Ville s’élève à 22 M$ par année. On investit 16 $ par arbre annuellement. «Si on souhaite maintenir la valeur de l’actif arboricole et l’augmenter, note Alan De Sousa, responsable de l’Environnement et des Grands Parcs à la Ville, il faut en prendre soin, surtout dans un contexte de changements climatiques.»

Les vertus écologiques et économiques de l’arbre sont connues. Pourtant, au dire de Christian Messier, il y a encore un travail d’éducation à faire ici. «La meilleure façon de convaincre les citoyens d’investir dans les arbres, c’est de chiffrer les services que l’arbre fournit.»

Par exemple, un gros arbre peut diminuer de 30 à 40 % les besoins en climatisation l’été. L’arbre intercepte aussi la poussière, ce qui réduit les coûts de santé reliés aux maladies respiratoires. Un investissement plus que rentable.

Aux États-Unis, plusieurs villes utilisent le programme I-Tree, qui analyse les services écologiques que chaque arbre fournit et indique combien d’argent chaque spécimen fait économiser en coûts divers. La Ville de Montréal a décidé de ne pas utiliser I-Tree afin de rester autonome. La division de l’arboriculture s’est intéressée à ces valeurs, mais concentre depuis quelque temps ses efforts sur une priorité plus grande : l’agrile du frêne.

L’insecte ravageur, qui a été découvert sur l’île cette année, a mis les autorités en alerte dès 2008. Un arbre sur cinq à Montréal est un frêne. L’abattage d’une telle quantité d’arbres serait catastrophique, entre autres pour la lutte aux îlots de chaleur.

«On peut minimiser les dégâts», assure Alan De Sousa, faisant référence au plan d’action de la Ville contre l’agrile, qui propose des injections et des méthodes de dépistage plutôt que des abattages. «Il y a un an et demi, j’aurais dit que c’était une guerre perdue d’avance, dit Daniel Desjardins, chef de la division de l’arboriculture. Mais aujour­d’hui, ça vaut la peine de s’y attaquer. On va perdre des frênes, mais on ne perdra pas tout.»

Depuis quatre ans, aucun frêne ne sort de la pépinière municipale de Montréal, à L’Assomption, qui fournit 50 % des arbres plantés à Montréal (voir page suivante). On favorise de plus en plus la biodiversité pour varier les essences sur un même territoire. «On veut atteindre notre objectif de 25 %, mais il faut gérer les menaces», reconnaît Alan De Sousa.

Christian Messier souhaite que la Ville tire profit de la crise. «On sait actuellement quels insectes présents dans le sud des États-Unis risquent de venir nous affecter dans les années à venir, note-t-il. On pourrait se retrouver avec le même problème si on ne se concentre que sur quelques espèces.»

La Politique de l’arbre
Introduite en 2005, la Politique de l’arbre de la Ville de Montréal fixait plusieurs objectifs. Six ans plus tard, où en sommes-nous?

Chaque arrondis­sement élaborera son plan agricole. Échéance : 5 ans. Pour le moment, seuls les arrondissements de Saint-Laurent et de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce possèdent un plan. Un guide de la ville centre pour les arrondissements et un plan pour le parc La Fontaine seront prêts sous peu.

En ce qui concerne l’abattage, la Ville et les arrondisse­ments favoriseront les solutions de rechange. «Les règlements sont très sévères», assurent Alan De Sousa. Il faut une excellente raison pour abattre un arbre et, la plupart du temps, on exige qu’un autre arbre (ou plus) de la même valeur soit planté en échange.

La Ville élaborera un programme de reconnaissance et de protection des arbres remarquables de l’île. La spécialiste des arbres remarquables (historiques ou rares), Suzanne Hardy, vient de compléter l’inventaire de l’arrondissement historique du mont Royal. Pour le moment, on n’a pas demandé l’inventaire de la toute la ville à la spécialiste, mais Mme Hardy nous a assuré que «tout était dans [ses] cartons».

La forêt de Montréal

  • Montréal compte 1 200 000 arbres publics, dont 233 000 arbres de rue. Ce nombre n’inclut pas les arbres situés sur les terrains privés. 
  • La forêt urbaine de Montréal compte 55 espèces différentes, mais 64 % des arbres sont des érables (44 %) ou des frênes (20 %).
  • Chaque arbre vaut en moyenne 1 000 $, ce qui fait que l’actif arboricole de la Ville s’élève à 1,2 G$. Chaque année, Montréal investit 16 $ par arbre, et chaque arbre engrange des bénéfices environnemen­taux de 58 $. Un arbre mature peut valoir de 10 000 à 20 000 $.


Une visite de la pépinière
L’Après-midi porte conseil
Lundi à 13 h
Première chaîne de la radio de Radio-Canada

À lire aussi: Dure, dure la vie d’arbre de rue

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