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Montréal réclame 12,8M$ à ses policiers

Photo: Yves Provencher/Métro

La Ville réclame plus de 12,8M$ de «manque à gagner» à ses policiers pour recouvrer les sommes qu’elle dit avoir perdues en raison d’une baisse des émissions de contraventions sur le territoire.

L’administration de Montréal, qui allègue que cette diminution coïncide avec le début des moyens de pression des policiers contre le projet de loi 3 en juin, avait envoyé un grief patronal à cet effet à la Fraternité des policiers de Montréal en septembre, mais refusait d’indiquer le montant réclamé. La Fraternité a finalement reçu le grief patronal amendé la semaine dernière qui précise les 12,8M$ exigés.

La Fraternité compte toujours contester ce grief patronal. «Ça ne fait pas de sens», s’est exclamé à Métro Yves Francoeur, président de la Fraternité.

La Ville de Montréal a également déposé la semaine dernière une nouvelle plainte contre ses policiers devant la Commission des relations de travail (CRT) à l’effet qu’elle observe encore aujourd’hui une baisse de 35% du nombre de constats d’infraction émis par les policiers.

Montréal avait envoyé une première plainte semblable à la Fraternité en septembre pour les mêmes motifs. Ils s’étaient entendus le 19 septembre devant la CRT. La Fraternité s’engageait à rappeler à ses membres qu’ils doivent donner normalement des constats d’infraction.

«Or, sept semaines plus tard, force est de constater que la situation n’est toujours pas rétablie et que nous notons toujours une diminution drastique et significative du nombre de constats d’infraction émis par les policiers», affirme la direction du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) dans une note envoyée aux membres de la Fraternité, dont Métro a obtenu copie.

La Ville demande à la CRT «qu’une ordonnance soit émise à l’égard de la Fraternité et de ses membres (…) afin que ces derniers émettent d’une façon normale et habituelle des constats d’infraction».

«Quand tu es supposé mettre tout en ton pouvoir pour [corriger la situation] et que tu vois qu’il n’y a rien qui a changé, tu vas voir le CRT et tu dis: “si on respectait l’entente?”», a réagi le maire de Montréal, Denis Coderre.

Une première rencontre de médiation devrait se tenir vendredi.

Du côté de la Fraternité, on soutient plutôt que, selon un rapport du service de police, pour les six premiers mois de l’année, les collisions toutes catégories confondues sur le territoire de l’île de Montréal sont en baisse de 35%. Pour le mois de juin, on compte 800 accidents de moins, et pour le mois de juillet, 900 accidents de moins, selon ce rapport. La Fraternité n’a pas eu accès aux statistiques sur lesquelles la Ville se base pour noter une baisse des contraventions.

«Cette plainte confirme notre thèse selon laquelle la sécurité routière est accessoire pour la Ville, la seule façon qu’elle voit la sécurité, c’est en terme de revenus. Mais nous ne sommes pas des percepteurs de taxes», déplore Yves Francoeur qui soutient à nouveau qu’aucun mot d’ordre n’est donné à ses membres pour réduire le nombre de contraventions.

Mais selon le maire, il s’agit plutôt d’une «question de relations de travail». «À la lumière de ce qu’on voit, ce n’est pas une question d’être plus prudent. Si ce chiffre est constant et qu’il y a eu une baisse importante en quelques mois seulement, ce n’est pas à cause du trafic, ce n’est pas à cause de la sécurité. On croit plutôt que c’est une question de pression de la part du syndicat, alors on va au CRT», a répondu M. Coderre.

Le président de la Fraternité ajoute qu’environ 25% des policiers sont affectés au contrôle de la circulation en raison des nombreux chantiers de construction sur les routes de Montréal. «Sur certains coins de rue, on a trois ou même quatre de nos policiers affectés à la circulation», note M. Francoeur, précisant que ses membres sont donc moins disponibles pour donner des contraventions.

«[La plainte devant la CRT] c’est de l’argent et des ressources gaspillés. On pourrait tout arranger si on s’assoyait pour régler la question de notre régime de retraite et d’une nouvelle convention collective. Mais on préfère la confrontation», avance M. Francoeur.

«Est-ce que c’est aussi un gaspillage d’argent quand les syndicats nous amènent devant le CRT?», a questionné à son tour M. Coderre en guise de réponse.

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