Montréal
13:35 9 juillet 2015 | mise à jour le: 9 juillet 2015 à 14:07 Temps de lecture: 4 minutes

Infanticides: entretien avec un expert de la question

Infanticides: entretien avec un expert de la question
Photo: Collaboration spéciale

Drames familiaux à Anjou et à Boucherville, la question des infanticides fait couler beaucoup d’encre dans les dernières semaines. Séparation, divorce, jalousie. Entretien avec Jean-Philippe Quenneville, doctorant et chargé de cours au département de psychologie de l’Université de Montréal.

Quelles sont les raisons fréquemment évoquées à la base de tels gestes? Qu’est-ce qui pousse les gens à commettre ces gestes irréparables?
Les hommes se suicident davantage que les mères après un infanticide et ils sont plus vieux que les mères, soit dans la trentaine ou la quarantaine. Les facteurs associés sont le divorce ou une séparation, la jalousie sexuelle ou l’infidélité présumée de leur partenaire, les troubles de l’humeur comme la dépression et possiblement la dépression post-partum paternelle, les troubles de personnalité et les difficultés financières.

Chez les mères, le schéma est différent. L’infanticide des enfants de moins de 4 ans semble correspondre à l’idée qu’elles ne sont pas dans une situation qui permettra d’élever adéquatement un enfant. D’ailleurs, les mères qui souffrent de dépression post-partum ont très souvent (40 à 50%) des idéations d’infanticides, un sentiment d’incompétence, une difficulté à s’attacher à l’enfant, des idées suicidaires ainsi que de la culpabilité. Une minorité d’entre elles, cependant, passeront à l’acte.

Est-ce qu’il y a des signes avant-coureurs pour déceler ces situations?
Difficile à dire. La majorité des parents qui subiront les facteurs de risques associés à l’infanticide ne passeront jamais à l’acte et feront des parents tout à fait compétents.

Malgré le fait que l’infanticide soit une cause importante de mortalité infantile, les taux se situent à environ 3 cas sur 100 000 pour les enfants de 1 ans et moins; et 1 cas sur 100 000 pour les enfants de 1 à 4 ans. Dans mes travaux de maîtrise, j’avais montré qu’au Québec, de 1990 à 2007, il y a eu un total de 182 infanticides sur des enfants âgés de 12 ans et moins, pour une moyenne annuelle de 10,7.

Si nous possédions les bons outils pour prévenir ces incidents (ce que nous n’avons pas), il serait périlleux, voire impossible, de les mettre en place à grande échelle.

Est-ce que les infanticides sont commis plus souvent par les hommes ou les femmes?
La première année de vie est celle où l’enfant est le plus à risque de subir un infanticide et les données – quoique variables – montrent que ce sont les parents biologiques qui sont les plus souvent responsables avec une prépondérance d’homicides perpétrés par les mères. Cette tendance s’inverse véritablement lorsque les enfants atteignent 5 ou 6 ans. Le risque qu’un enfant meure aux mains de ses parents décroît à mesure que l’âge de celui-ci augmente.

Donc, lorsque l’on parle d’un infanticide d’un enfant de 10 mois, il a un peu plus de chance d’être commis par une femme, ce qui n’est pas le cas présent. Par contre, ce cas respecte le schéma observé voulant qu’une importante proportion de parents biologiques ayant commis un infanticide tentent de se suicider suivant l’acte.

Comment peut-on éviter de tels drames?
Comme nous n’avons pas de moyens efficaces pour déterminer quels sont les parents à risques, il est difficile de proposer des moyens pour éviter de tels drames. Cependant, comme toujours, dans le domaine de la santé, la prévention semble être la clé.

L’engagement du père dans les premiers instants de la grossesse pourrait se révéler important. Il permet un attachement sain qui pourrait, en retour, être un facteur de protection contre les actes violents.

Comment se fait-il que plusieurs de ces situations se produisent régulièrement dans un court laps de temps? Est-ce que la médiatisation de certains cas pousse des personnes à agir?
Les chiffres sont assez stables d’année en année et il ne semble pas y avoir de recrudescence du phénomène ni d’effet boule de neige. Cette impression que les infanticides surviennent en même temps pourrait provenir d’un effet du hasard ou d’un phénomène médiatique quelconque, mais cela sort de mon champ de compétence.

Certains chercheurs ont par ailleurs avancé qu’avec la médicalisation de l’acte d’accoucher et ce qui touche la maternité et les enfants en général, les médias surreprésenteraient, dans leur couverture, les actes d’infanticide.

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