Rue May: l’art au service de la mémoire
Alors que les maisons de la rue May sont sur le point de disparaître, quatre artistes qui ont grandi dans l’arrondissement ont, chacun à leur façon, décidé d’user de créativité afin de rendre un dernier hommage à cet emblème patrimonial montréalais.
Lundi matin, les doigts transis par le froid automnal, nous parvenons à nous faufiler sur le chantier aux abords de l’autoroute 15. Déjà, la vieille rue a perdu de son lustre. Çà et là, des vitraux et des rampes d’escalier sont manquants.
Les peintres Jocelyne Ménard, Joanne Egglefield et Claudia Mandl ainsi que le photographe Éric Varasifsky ont fait un court silence devant ce pan d’histoire sur le point de disparaître.
«Ça me rend vraiment émotive, indique Mme Mandl, qui a peint trois toiles à l’huile représentant les maisons de la rue May, dont une qu’elle a offerte en cadeau aux anciens résidents du 314.
«Je trouve que c’est dommage de perdre cette richesse, cette part de notre patrimoine collectif. À San Francisco, les gens font un véritable pèlerinage pour voir des maisons au style victorien comme celles-ci. Nous perdons cette occasion.»
Mme Egglefield, de son côté, habite Verdun depuis plus de 30 ans. Peintre à l’acrylique depuis plusieurs années, elle affirme que l’architecture a toujours été sa thématique de prédilection, notamment à cause des défis qu’elle représente.
Dès l’annonce de la destruction de la rue May, elle s’est sentie interpellée. «J’ai cette ville tatouée sur le cœur. IL fallait que je fasse quelque chose. J’ai grandi avec cette rue, c’est comme une part de mon enfance qui s’évapore.»
Devoir de mémoire
L’artiste Jocelyne Ménard s’intéresse particulièrement au patrimoine québécois. Pour elle, la démolition des maisons victoriennes datant de la fin du 19e siècle était un incontournable.
Armée de patience, elle a épluché les marchés aux puces à la recherche d’objets qui pourraient leur donner vie. Pinces, dés à coudre, retailles de lampes et lacets, plusieurs objets du quotidien ont été mises à contribution afin de recréer les résidences en trois dimensions. «J’espère que mes toiles demeureront un beau souvenir pour les Verdunois.»
Éric Varasifsky, pour sa part, a reçu le mandat de l’arrondissement d’archiver, à travers sa lentille, un maximum d’informations sur la rue May. Il a donc obtenu un accès privilégié à l’intérieur des résidences, ainsi qu’à leurs occupants, à toutes les étapes du processus.
«Je me suis vraiment impliqué personnellement dans ce projet. J’ai eu la chance de rencontrer et de développer des amitiés avec les résidents, ces gens qui allaient perdre leur foyer, leurs souvenirs. J’ai vécu avec eux cette période déchirante.»
Les œuvres seront présentées dans une exposition temporaire au printemps, sur la rue. Elles seront accompagnées d’artefacts récupérés durant les travaux qui seront ensuite intégrés à la collection de la Maison Nivard de Saint-Dizier.