Hochelaga-Maisonneuve
12:44 5 juillet 2016 | mise à jour le: 5 juillet 2016 à 17:28 temps de lecture: 4 minutes

MHM reconnaît qu’il y a «gentrification»

MHM reconnaît qu’il y a «gentrification»
Photo: TC Media Archives

 

 

Mercier – Hochelaga-Maisonneuve a reconnu qu’une forme de «gentrification» a lieu sur son territoire lors du dévoilement des résultats d’une étude que l’arrondissement a commandé sur son parc locatif.

Entre 2003 et 2014, plus de 800 logements ont été retirés du marché locatif du secteur en raison de conversions en condos ou de reprises par les propriétaires, selon une étude de l’Institut national de recherche scientifique (INRS) présentée en conférence de presse mardi.

En tenant compte des nouvelles constructions, le nombre d’unités de condos a plus que doublé durant la même période, passant de 1020 à 2350.

Attirés par la perspectif de devenir propriétaires,  de 6000 à 7000 nouveaux résidents se seraient installés dans l’arrondissement.

«Je reconnais qu’il y a de la gentrification dans la mesure où il y a des gens de l’extérieur qui sont venus s’installer [dans les condos], mais je suis davantage inquiet de la montée des prix des loyers»

-Le maire de MHM, Réal Ménard.

Mais M. Ménard nuance, « il n’y a pas eu d’expulsions massives de citoyens comme il y a eu dans d’autres quartiers, ce qui ne veut pas dire qu’il y a eu des départs en raison de la hausse des prix».

Des 2200 nouveaux condos apparus à MHM, environ 1500 sont issus de la conversion d’immeubles. Toutefois, bon nombre de ces conversions ont été réalisées à partir de bâtiments industriels, ce qui ne résulte pas en perte de logements locatifs.

Après avoir formé un comité pour étudier le phénomène en 2013, l’arrondissement a mandaté à l’automne des chercheurs de l’INRS pour déterminer le nombre et la localisation des copropriétés divises (condos) et indivises (multipropriétaires occupants), à l’aide des données contenues aux rôles fonciers 2003, 2010 et 2014.

Conversion d’immeubles
Les chercheurs de l’INRS précisent qu’ils n’avaient pas le mandat d’évaluer l’ampleur du phénomène de gentrification. Ils expliquent toutefois que la conversion des logements locatifs en est l’un de ses éléments constituants.

«Dans un marché immobilier rendu inaccessible pour bien des ménages, la stratégie d’acheter un immeuble locatif de deux, trois ou quatre logements en location et de prévoir le convertir en copropriété leur apparaît comme la seule disponible», indique le rapport.

Face à cette problématique, le conseiller Eric Alan Caldwell croit crucial de créer un milieu de vie dans lesquels les acheteurs veulent s’installer afin d’éviter la revente à gros prix des immeubles convertis.

Bien que la conversion soit interdite par les règlements de la Ville de Montréal, les propriétaires obtiennent certaines dérogations devant la Régie du logement et les arrondissements.

«S’il y a eu des propriétaires qui sont devenus occupants, on peut se demander de quelle façon ils ont procédé. Nous voyons souvent que c’est par du harcèlement ou des travaux majeurs [qui donnent droit à des dérogations]. Je pointe la Régie du logement qui ne fait peut-être pas trop bien son travail pour exercer un certain contrôle», a soulevé Guillaume Dostallaire, coordonnateur du comité Entraide logement.

Selon lui, le nœud du problème est la hausse des valeurs foncières et le manque de protection des locataires face à la conversion de leurs logements.

Sommet sur la gentrification
Mercier – Hochelaga-Maisonneuve a annoncé la tenue «d’assises sur la gentrification» afin de réfléchir davantage au phénomène, en mai 2017. Le maire Réal Ménard souhaite entre autres comprendre «le profil de ces personnes dites gentrificatrices» ainsi que leurs activités dans l’arrondissement. D’autres études tant à caractère scientifiques que militantes pourront y être présentées.

Qu’est-ce que la gentrification ?
Les écrits scientifiques recensent plusieurs définitions du phénomène, qui comporte également diverses causes. «La gentrification doit être envisagée, au premier chef, comme un changement populationnel. Cela se traduit par le remplacement de résidents anciens, aux revenus modestes, par une classe de petits bourgeois nommée gentry», peut-on lire dans le rapport de l’INRS. Elle résulte selon les chercheurs en la hausse des coûts des loyers, des taxes foncières et des valeurs immobilières, l’esthétisation du cadre physique du quartier, l’implantation de nouveaux commerces spécialisés. ­­­

 

 

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