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Listes d'attente: Barrette accroît la pression

Jacques Boissinot / La Presse Canadienne Photo: Jacques Boissinot

QUÉBEC — Le gouvernement Couillard devait s’attaquer une fois pour toutes au fléau de l’attente interminable avant d’obtenir des soins de santé au Québec. Mais il y a toujours actuellement environ 5000 patients dont le nom figure depuis plus d’un an sur une liste d’attente en vue de subir une chirurgie.

Plus ou moins satisfait des résultats obtenus jusqu’à maintenant, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a décidé d’accentuer la pression sur les médecins spécialistes, afin qu’ils réduisent substantiellement, d’ici 2018, les délais d’attente pour obtenir une consultation ou une chirurgie.

Tableaux à l’appui, le ministre Barrette a fait le point en conférence de presse, mercredi, sur l’atteinte des cibles imposées aux médecins spécialistes dans le cadre de la loi 20 en vue de faciliter et d’accélérer l’accès aux spécialistes.

Il remarque que des progrès ont été enregistrés depuis l’entente signée avec la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) en janvier, mais qu’ils demeurent insuffisants pour crier victoire. Il les exhorte donc à accélérer le pas et à redoubler d’efforts.

Les premiers résultats indiquent notamment que, du 1er janvier au 30 juin, le nombre de patients en attente d’une chirurgie depuis plus d’un an est passé de 7009 à 4995. La réduction est importante, mais la liste d’attente demeure encore fort longue.

Il y a donc beaucoup de rattrapage à faire pour augmenter la proportion de chirurgiens qui donnent la priorité aux patients inscrits sur une liste d’attente depuis plus d’un an, comme le prescrit le ministre. C’est le cas actuellement de seulement 48 pour cent d’entre eux, alors que la cible à atteindre est de 95 pour cent à la fin de 2017.

Le ministre a réaffirmé que si les médecins spécialistes n’obtempèrent pas et n’atteignent pas les cibles fixées par Québec, ils s’exposeront aux fortes pénalités financières prévues dans la loi 20, soit une réduction de 30 pour cent de leur rémunération.

«Il y a encore beaucoup de travail à faire», a convenu le ministre Barrette.

Il s’est dit cependant rassuré par «le changement de culture et d’attitude» qu’il observe chez les médecins spécialistes par rapport aux exigences reliées à leur pratique.

L’application de la loi 20, décriée par les médecins spécialistes, a été suspendue jusqu’en 2018, pour leur laisser le temps requis de modifier volontairement leur pratique d’ici là, en fonction des exigences de Québec.

Ces exigences portent sur quatre volets: la réduction du délai de consultation à l’urgence, l’augmentation du taux de prise en charge à titre de médecins traitants des patients hospitalisés, la priorité à donner aux patients en attente d’une chirurgie depuis plus d’un an et un accès privilégié à assurer aux patients en fonction des priorités cliniques.

Les chances de voir un médecin spécialiste à l’urgence à l’intérieur d’un délai de deux heures ont atteint 34 pour cent le 30 juin. La cible est de 40 pour cent de demandes de consultation ayant eu une réponse positive dans ce délai avant 2018.

Après quatre heures d’attente dans la salle d’urgence, 75 pour cent des demandes de consultation devraient avoir eu une suite. C’est le cas actuellement dans une proportion de 61 pour cent.

La présidente de la FMSQ, la docteure Diane Francoeur, a réagi en disant que les résultats préliminaires faisaient la preuve «que la collaboration est plus efficace que la contrainte».

Se faisant rassurante, elle a noté, dans un communiqué, que «les médecins spécialistes atteignent, voire dépassent, les cibles intermédiaires convenues».

Elle a réaffirmé que les médecins spécialistes n’avaient «pas besoin d’une loi matraque pour améliorer l’accès aux soins spécialisés».

La porte-parole de l’opposition officielle, la députée péquiste Diane Lamarre, conclut que les résultats promis ne sont pas là, car «les patients, eux, attendent toujours de voir l’accès aux soins s’améliorer».

Elle ajoute que le fait de devoir «attendre plus d’un an pour une chirurgie, c’est inacceptable, et c’est surtout incohérent avec les cibles de son ministère».

Selon le député de Québec solidaire Amir Khadir, «les cibles du ministre Barrette sont de la poudre aux yeux».

Même si ces cibles étaient «entièrement atteintes, cela ne garantirait ni un véritable accès aux soins ni la qualité des soins», a-t-il estimé.

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