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Les égoportraits funéraires: à garder pour soi

Photo: TC Media -Hélène Ruel
Hélène Ruel - Nouvelle union / TC Media

Si l’expression «selfie funéraire» est toute récente, la pratique de se faire photographier à côté du défunt dans son cercueil est bien ancienne, convient Denis Desrochers, président du complexe funéraire Grégoire et Desrochers et de la Corporation des thanatologues du Québec. «C’est le sujet de l’heure, dit-il. Le phénomène des égoportraits existe, mais je ne serais pas prêt à dire qu’il constitue un problème si important qu’il faille le réglementer.»

Un mot revient constamment dans les propos de Denis Desrochers, le mot «respect».

«Quand c’est fait avec respect, avec l’accord de la famille, je ne vois pas pourquoi on s’empêcherait de photographier la personne dans son cercueil. C’est le traitement et la diffusion de la photo qui peuvent être préjudiciables, tant pour la mémoire du défunt que pour la famille. Surtout qu’à ce moment, les gens sont particulièrement vulnérables.»

L’évolution de la technologie qui permet d’avoir une «caméra dans sa poche» facilite la prise de photos en tout temps, à tout moment, discrètement et jusque dans les salons funéraires.

«Je dirais que dans 95% des cas, lorsque les familles demandent à ce qu’aucune photo ne soit prise dans le salon, les gens respectent l’avis. On installe d’ailleurs des panneaux pour aviser les visiteurs.»

Le phénomène des égoportraits funéraires requiert plus d’éducation aux règles de bienséance que de réglementation, selon M. Desrochers. «Il serait bien difficile d’instituer une police des selfies comme il le serait d’avoir une police des cendres. Les gens sont assez intelligents pour savoir où se situent les limites. Se photographier en train de faire le pitre au pied du cercueil ou encore présenter sur les médias sociaux la photo d’un mort et l’accompagner de commentaires irrévérencieux, ça ne se fait tout simplement pas!»

«Ça ne se fait tout simplement pas», poursuit-il, comme de prendre des photos dans un vestiaire où les gens se déshabillent. «Ça fait partie de l’intimité. Il n’y a aucun intérêt et aucun bénéfice à publier ce genre d’images.»

Les photographies de défunt devraient relever du domaine intime et privé, dit encore M. Desrochers… évoquant les photos de sa mère morte qu’il avait fait prendre par un photographe professionnel et qu’il conserve précieusement dans sa boîte à souvenirs.

Parce que, dit-il, pour certains, il n’y a rien de morbide à garder l’image de la dépouille d’un être cher, l’effet étant même thérapeutique, selon lui.

Denis Desrochers donne l’exemple de ces photos que veulent avoir les parents de leur enfant mort-né, un service offert par des photographes professionnels et bénévoles à l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska. «Ces photos, faites avec goût, respect et dignité, font du bien et apaisent.»

Le phénomène des égoportraits funéraires est présent, mais ne constitue pas un enjeu pour la Corporation, conclut M. Desrochers. «Il n’y a pas d’échappée actuellement, mais on reste attentifs.»

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