Construction: la ministre Viens convoque les parties
MONTRÉAL — Mécontente de la quasi-absence de négociations dans l’industrie de la construction, malgré l’adoption d’une loi spéciale qui a donné aux parties cinq mois pour s’entendre, la ministre du Travail, Dominique Vien, convoque les parties patronales et syndicales, a appris La Presse canadienne.
La loi spéciale qui a mis fin à la grève, le 30 mai dernier, donnait aux parties cinq mois pour s’entendre sur le renouvellement des conventions collectives touchant les 175 000 ouvriers, soit d’ici le 30 octobre.
Or, dans les importants secteurs institutionnel, commercial et industriel, une seule rencontre entre les parties a eu lieu depuis l’adoption de la loi spéciale, soit une seule rencontre en trois mois. Et elle n’a même pas permis d’aborder les enjeux en litige, a confié l’Association de la construction du Québec, l’association patronale qui négocie pour ces secteurs.
Il ne reste donc plus que deux mois à l’Alliance syndicale — formée des cinq organisations syndicales en présence — et aux associations patronales concernées pour s’entendre sur le renouvellement des conventions collectives.
Une entente de principe partielle était intervenue en juillet, dans le secteur du génie civil et voirie, mais elle ne touchait que les clauses générales. Les clauses propres à chaque métier n’ont pas encore fait l’objet d’une entente, même dans ce secteur.
La ministre n’a pas voulu accorder d’entrevue à ce sujet jeudi.
22 dates ou désinformation
Du côté patronal, Éric Côté, responsable des relations avec les médias à l’ACQ, a vu d’un bon oeil la convocation des parties par la ministre. «Si la ministre montre de l’intérêt pour le dossier, ça va peut-être convaincre les partenaires de l’Alliance syndicale de venir finalement s’asseoir à la table», a-t-il lancé.
«On a donné, de notre côté, 22 dates de disponibilité. Et on n’a jamais eu de réponse depuis la seule rencontre qu’on a eue, le 13 juillet», a-t-il ajouté.
«Désinformation et campagne de salissage», s’est exclamé le porte-parole de l’Alliance syndicale, Michel Trépanier, au cours d’une entrevue en fin d’après-midi.
«En aucun cas l’Alliance a retardé la négociation», assure-t-il. Elle veut au contraire négocier et régler.
M. Trépanier explique le processus par lequel ce type de rencontres doit passer, puisque les parties sont maintenant en médiation. «Pour les rencontres, les parties soumettent des dates au gouvernement, au ministère. Et c’est le médiateur qui appointe les rencontres.»
Pour ce qui est de la convocation par la ministre, M. Trépanier n’a pas voulu commenter, puisqu’il n’avait pas encore reçu la demande, en fin d’après-midi.
Bien qu’il ne reste aux parties que deux mois pour s’entendre et qu’elles n’y sont même pas parvenues lors de la grève, M. Côté, quant à lui, juge encore possible de conclure le tout favorablement.
Un nouveau médiateur a été affecté au dossier en juillet. Il s’agit de celui-là même qui avait réussi à faire conclure une entente entre les parties dans le secteur du génie civil et voirie.
La loi spéciale prévoit que si aucune entente n’est intervenue en médiation le 30 octobre, il y aura arbitrage. Et la sentence arbitrale devra être rendue d’ici le 30 avril prochain et elle liera les parties jusqu’au 30 avril 2021.
Mais l’arbitre devra travailler dans un cadre très serré que lui a dessiné la loi spéciale. Il devra ainsi tenir compte de «la capacité de payer des donneurs d’ouvrage, des conditions de travail et de l’évolution des taux de salaire de corps d’emploi comparables au Québec et ailleurs au Canada, du maintien du pouvoir d’achat des travailleurs de l’industrie de la construction, de l’équilibre entre le besoin de flexibilité dans l’organisation du travail et des contraintes occasionnées par des horaires variables».