Moreau clame son indépendance face aux minières
QUEBEC – Candidat attendu au leadership libéral, Pierre Moreau clame son indépendance face à l’industrie minière même s’il profite des conseils d’un proche de la direction du géant ArcelorMittal.
Sur le point d’annoncer sa décision de briguer ou non la succession de Jean Charest, M. Moreau consulte sur une base régulière Eric Tétrault, directeur, communications et affaires publiques chez ArcelorMittal Mines Canada.
Ancien directeur des communications au cabinet du premier ministre Jean Charest (2008-2009), M. Tétrault vient de signer un billet virulent sur le site internet de son employeur dénonçant la volonté du gouvernement péquiste de rehausser les redevances minières.
«Le milieu des affaires, dans une rare unanimité, a soulevé l’incertitude qui prévaut déjà. On s’attendait de façon réaliste à une gouvernance de gauche, mais on a jusqu’à maintenant la vilaine impression qu’un moratoire général sur l’économie vient d’être décrété», écrit M. Tétrault dans son billet publié le 24 septembre.
Pour M. Tétrault, les redevances minières n’ont pas à être revues: «le meilleur des systèmes est celui qui existe déjà», souligne-t-il.
Joint par La Presse Canadienne, le porte-parole d’ArcelorMittal s’est défendu d’agir comme promoteur des intérêts de l’industrie minière auprès de l’aspirant candidat à la direction libérale.
«Ca n’a rien à voir avec ma job, rien à voir avec ce que je fais, c’est mon chum, je lui donne des conseils, that’s it», a insisté M. Tétrault au sujet de son rôle dans le cercle des intimes de M. Moreau.
«C’est un ami qui m’appelle. Il me demande s’il ferait un bon chef et je lui dit ce que j’en penses. Penses-tu si, penses-tu ça, c’est sûr que ça lui arrive de consulter», a-t-il dit.
M. Tétrault soutient qu’il n’a pas informé ses supérieurs chez ArcelorMittal de son rôle de conseiller politique informel de M. Moreau. La haute direction du géant minier ne s’intéresse pas à ce genre de choses, a-t-il fait valoir.
«Ils ont rien à voir là-dedans, ils ne s’occupent même pas de ça, ça ne les intéresse pas de savoir c’est qui est chef ou qui ne l’est pas au Parti libéral», a assuré M. Tétrault.
Manifestement mal à l’aise, le député Moreau a pour sa part senti le besoin d’exprimer sa totale indépendance vis-à-vis du lobby minier.
«Honnêtement, Eric ne m’a jamais parlé de son travail au sein de l’industrie minière, ne m’a jamais demandé quoi que ce soit, les échanges qu’on a eus, ce sont des échanges d’amitié, je connais bien sa femme», a-t-il justifié.
M. Tétrault prodigue ses conseils et ses avis «sur la base d’une amitié, point à la ligne», a martelé le député de Châteauguay.
«Ni directement, ni indirectement, il a été question que ses conseils soient liés à l’industrie pour laquelle il travaille (…) Je n’ai pas renié mes amis parce que j’étais en politique (et) ça ne veut pas dire que parce qu’ils sont mes amis, il y a un lien de favoritisme quelconque», a-t-il dit.
Mais pour Québec solidaire, il s’agit d’un cas patent de proximité entre un politicien ambitieux et le monde de la grande entreprise.
Les libéraux n’ont rien appris de leurs «erreurs du passé», a dit la coporte-parole de Québec solidaire, Françoise David.
«Vraiment, ce serait bien que les candidats à la chefferie libérale comprennent que la population du Québec leur demandent qu’il y ait une saine distance entre eux et les milieux d’affaires les plus directement concernés par les politiques gouvernementales», a-t-elle lancé.