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Le coût de la nordicité

Ça y est, c’est arrivé.

Encore une fois cette année, comme chaque année, au lendemain d’une tempête de neige, à la veille d’un refroidissement éolien, ou quelque part entre les deux, un journaliste a calculé le coût de l’hiver. Selon une estimation de la chaîne Argent réalisée à l’aide de plusieurs études sur la question, habiter dans le nord coûterait ainsi 10 G$ par année aux Québécois.

Ben oui. On vit dans une province où ça te coûte 200 $ de chauffage par mois, 600 $ de manteau Pajar et 15 % plus cher d’assurance auto. On vit dans une province où ça te prend deux sortes de pneus pour ta voiture qui te dure seulement 10 ans parce qu’après ça, elle est toute rongée par le sel. On vit dans une province où au moins cinq fois par année, t’arrives en retard au travail parce que l’autobus a pas été capable de monter la côte toute glacée, ou parce que ta voiture était ensevelie sous deux pieds de neige. On vit dans une province où ça se peut que tu manques d’électricité entre Noël et le jour de l’An parce que, même si ça fait des années qu’on sait que l’hiver va revenir chaque année, on n’a toujours pas trouvé une meilleure façon de gérer les lignes de transport électrique qui tombent dans des endroits qui sont seulement accessibles en raquettes.

Alors, on fait quoi, gang? On s’envole tous vers la Floride?

Ben non. On fait rien.

On reste ici parce qu’on aime ça. On aime la solidarité qui se dégage parfois des séances de pelletage collectif. On aime se
percevoir comme des super héros du froid à l’Igloo­­fest. On aime skier et patiner. On aime même ça se faire fouetter le sang par un froid qui fait coller les narines. Y a rien de mieux que de jogger à -30 oC pour se remettre les idées en place. On aime ça, parce que tout ça fait partie de notre identité. Tout ça nous a donné des forces. Le directeur du Laboratoire international d’étude multidisciplinaire comparée des représentations du Nord, Daniel Chartier, va même jusqu’à dire que la social-démocratie est née au nord parce que le froid nous a, en quelque sorte, condamnés à l’entraide.

De toute façon, il n’y a pas de solution à l’hiver. Pas plus qu’il n’y a de solution à l’été, à ses coûts de climatisation et de chlore pour la piscine. Et à observer les économies du sud, je n’ai pas l’impression que le froid soit un facteur qui joue tant que ça contre
nos finances.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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