Voter dès 14 ans
L’idée de permettre aux jeunes de voter à partir de l’âge de 16 ans refait surface au Québec, alors que notre première ministre a visité l’Écosse, qui jongle aussi avec cette possibilité. Plusieurs personnes s’opposent à l’idée. Leur argument le plus fréquent : à 16 ans, on n’a pas toute la maturité, la conscience politique et le savoir requis pour voter de façon éclairée. Ce raisonnement implique qu’à partir de 18 ans, on obtiendrait tous, d’un coup, comme par magie, la sagesse politique.
À mon avis, l’intelligence politique évolue de façon beaucoup plus progressive. Mais pour les défenseurs du statu quo, si on a fixé à 18 ans l’âge légal de voter, c’est parce que c’est à cet âge qu’on aurait tout ce qu’il faut pour voter. C’est faux. Certains individus confondent leur gauche et leur droite même à 20 ans et demeurent politiquement attardés toute leur vie. Parmi ces derniers, certains arrivent même à se hisser en politique. Je ne nommerai personne.
Quoi qu’il en soit, on a décidé un jour que l’âge raisonnable pour voter serait de 18 ans, et cet âge convient tout à fait à ceux qui sont persuadés qu’on est plus malin à 18 qu’à 16. C’est comme si, un jour, on avait décidé qu’à partir de 18 ans, on méritait de décider. Vous aurez compris que ce raisonnement est absurde dès lors que vous aurez pensé à toutes ces personnes majeures et vaccinées qui, malgré leur stupidité évidente, ont le droit de décider pour vous, mais aussi pour les pauvres enfants sans défense et sans droit de vote, qui formera le prochain gouvernement.
Si ce n’était que de moi, on donnerait le droit de vote à tous ceux qui en subissent les conséquences, c’est-à-dire à tout le monde. Cela impliquerait toutefois que des parents mal intentionnés influencent le vote de leurs enfants. Et comme je deviens toute mal à l’aise chaque fois que je vois un enfant brandir une pancarte pleine de mots d’adultes dans une manifestation ou que j’entends le petit comédien Émilien Néron s’exprimer sur les politiques publiques, c’est hors de question.
Je propose donc qu’on ait le droit de voter à partir du moment où on a le droit de travailler, et donc de payer de l’impôt, sans le consentement de ses parents. T’es sujet à l’impôt, tu votes. C’est simple et c’est cohérent. Après tout, si une fille a le droit de prendre la pilule sans le dire à ses parents à partir de cet âge-là, le petit comédien Émilien Néron a sûrement tout ce qu’il faut pour voter.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.