Un débat de consensus au Parti libéral
MONTRÉAL – Qu’est-ce qui vous différencie les uns des autres? La question, posée par l’animatrice Dominique Poirier peu avant la fin du cinquième et dernier débat entre les candidats à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ), a bien résumé la rencontre de samedi, où les consensus ont été beaucoup plus nombreux que les prises de bec.
L’exploitation des gaz de schiste, l’importance de l’«acceptabilité sociale» dans le développement des ressources naturelles, le renversement du flot d’une partie de l’oléoduc Enbridge et l’électrification des transports en commun sont autant de questions sur lesquelles les trois candidats — Raymond Bachand, Philippe Couillard et Pierre Moreau — se sont unanimement prononcés en faveur.
En somme, les aspirants chefs du PLQ soutiennent l’exploitation des hydrocarbures, allant jusqu’à condamner la position inverse. Le Québec ne «peut pas» refuser de s’enrichir avec ses ressources naturelles, estiment les candidats, qui s’entendent également pour respecter les principes du «développement durable» et s’assurer que les projets d’exploitation fassent consensus dans les collectivités touchées par ceux-ci.
Quand même, M. Bachand a timidement critiqué le travail de son parti dans le dossier des gaz de schiste, un secteur économique que les Québécois et le gouvernement «ne connaissaient pas» il y a quelques années selon lui. Résultat, a-t-il dit, les industriels sont arrivés et «ils ont bulldozé», prouvant que des études «auraient peut-être dû être commandées au départ». Le gouvernement est arrivé quatre mois trop tard dans le dossier, a pour sa part indiqué M. Moreau.
L’économie était le thème de la rencontre: l’intervention des libéraux pour protéger le quincaillier Rona d’une offre hostile d’achat par l’américain Lowe’s, pourtant évoquée dans les autres débats également, a provoqué l’échange le plus musclé entre M. Couillard et M. Bachand, lui qui semble en avoir contre son adversaire, qui s’est prononcé contre le geste interventionniste posé par le Parti libéral.
M. Couillard ne remet pas pour autant l’inspiration parfois keynésienne de son parti en question. Pour servir les intérêts économiques du Québec, il suggère d’utiliser des outils législatifs, disant craindre la «politisation» de la Caisse de dépôt et placement du Québec, à laquelle ses adversaires pourraient envisager faire appel pour garder des emplois dans la province ou éviter l’exode de sièges sociaux.
«Avec Rona, on a envoyé un signal au marché international disant qu’on n’est pas ouvert à des investissements, soutient M. Couillard. Les interventions de l’État ne sont pas toujours heureuses. Il faut être très prudents et être certains que c’est rentable pour les Québécois.»
Le Plan Nord, le développement régional, la production agricole, la syndicalisation et les énergies vertes ont autrement dominé les discussions, dans lesquelles les autochtones ont peut-être été les grands oubliés. Philippe Couillard les a mentionnés le premier, après une dizaine de minutes d’échanges sur l’«acceptabilité sociale» du développement des ressources naturelles.
Le monopole syndical de l’Union des producteurs agricoles a offert des points de vue plus nuancés. M. Moreau a déclaré vouloir rouvrir le débat et développer le marché international en agriculture, tandis que M. Couillard est demeuré prudent sur la question et que M. Bachand s’est contenté de saluer le travail de l’Union.
Pierre Moreau s’est également distingué au sujet de la production d’électricité, disant vouloir «serrer la vis» à Hydro-Québec et resserrer ses méthodes de calcul des surplus d’énergie.
«Est-ce que la projection de surplus d’électricité est faite avec rigueur? Si oui, quels sont les éléments pris en compte par Hydro-Québec?, a-t-il demandé. Hydro prévoit des surplus jusqu’en 2020, mais on est dans un gouvernement de moratoire», a ajouté M. Moreau, vantant du même élan le Plan Nord de son parti, qui permettrait à son avis à des entreprises énergivores de consommer les surplus électriques.
Au final, Raymond Bachand a tenté de se positionner comme le candidat à l’expérience la plus solide en économie, Philippe Couillard y est allé d’une proposition de «programme clair» permettant le renouveau du parti et Pierre Moreau a exposé ce qu’il considère comme sa loyauté envers le parti, car il y est resté pendant les «moments difficiles». Il a également fait un clin d’oeil aux jeunes, dont certains n’ont pas manqué d’exposer leur mécontentement envers les libéraux, carrés rouges au chemisier, pendant une bonne partie de l’année 2012.
Le prochain chef du PLQ sera connu le 17 mars prochain, au terme d’un vote des 3000 délégués des associations libérales des 125 circonscriptions du Québec.