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Restrictions sur l’avortement: les grands studios d’Hollywood sortent de leur silence

Restrictions sur l’avortement: les grands studios d’Hollywood sortent de leur silence
Photo: Getty ImagesSiège social de Netflix à Los Gatos en Californie

Netflix, Warner, Disney, Universal, Sony… Plusieurs géants américains du divertissement sont finalement sortis de leur silence pour prévenir qu’ils pourraient cesser de tourner films et séries télévisées en Géorgie ou d’autres États cherchant à limiter le droit à l’avortement, un sujet très clivant aux États-Unis.

« Nous allons surveiller de près la situation et si la nouvelle loi tient, nous réfléchirons à un autre endroit que la Géorgie pour nos nouvelles productions », affirme ainsi le groupe WarnerMedia (HBO, Turner, Warners Bros.) dans un communiqué adressé jeudi à l’AFP.

La veille, Disney, numéro un mondial du secteur (Marvel, « Star Wars », etc.), avait pris une position similaire, suivant de peu Netflix.

« Si la loi devait être appliquée, nous aurions une réflexion sur la totalité de nos investissements en Géorgie », a averti le responsable des contenus de la plateforme de vidéo à la demande.

La Géorgie a adopté début mai une loi interdisant les avortements dès que les battements du cœur du fœtus sont perceptibles. Cela correspond environ à la sixième semaine de grossesse, un stade où bien des femmes ignorent encore qu’elles sont enceintes.

La loi géorgienne est censée entrer en vigueur en 2020, sauf invalidation par la justice, comme cela a déjà été le cas pour certaines lois similaires promulguées dans d’autres États conservateurs (Alabama, Mississippi, Louisiane, etc.)

Recours en justice 

L’offensive contre la Géorgie avait été lancée fin mars par quelques dizaines d’acteurs, comme Alec Baldwin, Don Cheadle, Ben Stiller et Mia Farrow, qui avaient menacé de boycotter les tournages en Géorgie.

Quelques petits producteurs indépendants les avaient soutenus dans leur démarche, de même que le syndicat des scénaristes américains qui avait qualifié la Géorgie d’« endroit inhospitalier pour ceux qui travaillent dans l’industrie du film et de la télévision ».

Un enjeu de poids pour cet Etat du Sud des États-Unis qui, grâce notamment à des dispositifs fiscaux très avantageux, a su attirer ces dernières années de nombreux tournages de films, comme les productions Marvel (« Black Panther », « Avengers: Infinity War » et « Avengers: Endgame »), et des séries télévisées (« Stranger Things », « Ozark », « The Walking Dead »…)

Mais à l’époque, les grands studios de Hollywood étaient restés très attentistes, faisant savoir du bout des lèvres via leur association, Motion Picture Association of America (MPAA), qu’ils allaient « continuer à surveiller la situation ».

Ils misaient notamment sur les nombreux recours en justice pour empêcher la loi d’entrer en vigueur. Et c’est encore le cas actuellement: « Comme la MPAA l’a souligné, le sort de la +loi sur les battements de cœur+ en Géorgie, et des législations similaires dans d’autres États, sera déterminée par des procédures judiciaires », a déclaré jeudi à l’AFP un porte-parole de Sony Pictures Entertainment.

« Nous allons continuer à suivre ce processus (…) lorsque nous étudierons nos options pour nos productions à venir », souligne toutefois Sony.

 « La chose juste » 

Michael Taylor, directeur de l’Institut des médias pour le changement social à l’Université de Californie du Sud, et lui-même producteur de cinéma, s’est réjoui de la « sage décision » de Hollywood de prendre enfin position « du bon côté de la polémique ».

« Je ne sais pas si c’est une bonne décision financière pour eux (…) mais je crois que parfois, il faut faire la chose juste plutôt que la chose prudente financièrement parlant », a-t-il expliqué à l’AFP.

Pour M. Taylor, « la plupart des gens, en tout cas les studios et je m’inclus aussi dans cette catégorie, pensaient que cette question avait été réglée par l’arrêt Roe vs Wade », la jurisprudence de la Cour suprême des États-Unis qui autorise les Américaines à interrompre leur grossesse tant que le fœtus n’est pas viable (vers 24 semaines).

« Lorsque vous voyez des États essayer de revenir là-dessus, je pense que la bonne chose à faire est (…) de mettre votre argent ailleurs », affirme-t-il, tout en reconnaissant « ne pas savoir quel impact ça aura ».

L’an dernier, plus de 450 productions ont installé leurs caméras en Géorgie, investissant 2,7 milliards de dollars. Au total, l’industrie y entretient 92 000 emplois.

En 2016, la Géorgie avait failli promulguer une loi sur la « liberté religieuse » qui aurait légalisé certaines formes de discrimination contre les homosexuels. Le projet de loi avait déjà suscité des appels au boycottage, auxquels Netflix et Disney s’étaient déjà ralliés à l’époque.

Le gouverneur de l’époque avait finalement opposé son veto.