National
05:00 6 mars 2020 | mise à jour le: 6 mars 2020 à 02:33 temps de lecture: 3 minutes

Le silence, un choix politique

Le silence, un choix politique

Mercredi, je faisais mon épicerie tranquille à Chibougamau. Le gars derrière moi s’achetait de la bière et le caissier s’est permis de dire: «On se fait souvent voler de la bière, par des Amérindiens évidemment.» L’autre caissière semblait trouver ça très drôle.

Le client, visiblement mal à l’aise, n’a quand même rien dit. J’ai été obligée de dire au caissier de faire attention avant de dire des trucs racistes en face des clients.

Les gens m’ont assuré que ce n’est pas quelque chose que le propriétaire de l’épicerie cautionnerait. Pourtant, quand tes employés pensent que leur lieu de travail est un lieu sûr pour passer ce genre de commentaires, c’est qu’il y a eu un manque de sensibilisation quelque part. Le client mal à l’aise, il n’a rien dit non plus.

Vous vous doutez probablement que je me suis retrouvée dans ce genre de situations souvent. Le client devait s’en douter aussi, mais c’est moi qui ai encore eu la responsabilité de dire poliment au caissier de se taire.

Avec le blocus ferroviaire des dernières semaines, j’ai vu des commentaires qui n’avaient aucun bon sens sur les réseaux sociaux. Nombreux sont ceux qui disent sans inhibition que les trains devraient foncer sur les Autochtones.

C’est dommage de voir que c’est souvent nous, les Autochtones, qui devons répondre à ce genre de conneries.

Dénoncer un profil ou un commentaire pour discours haineux, ça prend deux minutes.

Ce silence-là, il a de graves conséquences.

Le caissier raciste d’hier, il m’a ri au visage lorsque je lui ai dit de la fermer. Je ne pense pas qu’il aurait ri au visage du client. Malheureusement, le message a plus d’effet quand une personne blanche le passe.

Vous comprendrez donc que des incidents comme celui d’hier et toute la haine que je vois sur les réseaux sociaux ces temps-ci font mal à mon vivre-ensemble.

Du monde raciste, il y en a. Je le sais depuis mon enfance. Par contre, j’aimerais que les Allochtones avec qui nous cohabitons sur le territoire nous défendent quand des situations comme celle-là surviennent.

Comme mon cousin aime bien rappeler, les Cris contribuent énormément à l’économie locale de Chibougamau.

Ce n’est à l’avantage de personne de nous pousser à boycotter des commerces.

Au-delà de ça, nous avons un gouvernement régional où siègent ensemble les chefs ainsi que les maires et mairesses des municipalités de la Baie-James.

Ce gouvernement régional est quelque chose dont je suis particulièrement fière quand je pense à Eeyou Istchee. Vous comprendrez donc que des incidents comme celui d’hier et toute la haine que je vois sur les réseaux sociaux ces temps-ci font mal à mon vivre-ensemble.

Articles similaires