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05:00 3 avril 2020 | mise à jour le: 2 avril 2020 à 16:55

Coronavirus: craintes d’un manque d’employés dans le réseau de la santé

Coronavirus: craintes d’un manque d’employés dans le réseau de la santé
Photo: Josie Desmarais/MétroUn employé se rend au CHUM.

Alors qu’un rapport universitaire fait état d’un manque potentiel d’employés pour faire face à la crise du coronavirus aux États-Unis, des acteurs du milieu de la santé du Québec craignent qu’une situation similaire arrive dans la province.

Des chercheurs de l’Université McGill ont publié récemment un rapport qui fait état des enjeux du manque de main-d’œuvre dans les services essentiels aux États-Unis pendant la crise sanitaire. Le pays compte actuellement plus de 226 300 cas et plus de 5300 décès reliés au coronavirus, selon le décompte de l’Université Johns Hopkins.

«C’est clair que le secteur de la santé sera vraiment sous pression. Une des manières de faire face à cette situation, c’est de se tourner vers les employés à la retraite. Mais nous devons être conscients que ce sera seulement une petite fraction», dit à Métro un des auteurs du rapport cité plus haut, le professeur Fabian Lange, de l’Université McGill.

Travailleurs âgés à risque

Dans les derniers jours, le gouvernement Legault a reçu des milliers de CV de la part d’employés retraités de la santé, d’étudiants en santé et d’autres personnes désirant contribuer à la lutte au coronavirus. Ceux-ci ont fait part de leur intérêt par l’entremise de la plateforme en ligne «Je contribue».

«Les professionnels de la santé, on ne devrait pas en manquer parce qu’il y a beaucoup de gens qui ont proposé leur aide», estime la professeure Roxane Borgès Da Silva, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal. 

La mobilisation potentielle d’un nombre accru d’employés de la santé âgés, bien que saluée de part et d’autre, crée toutefois de l’inquiétude quant à la sécurité de ceux-ci, qui sont plus à risque d’avoir des complications sérieuses. Depuis plusieurs jours, des syndicats déplorent d’ailleurs les problèmes de distribution d’équipements dans le réseau de la santé, comme des masques, des combinaisons imperméables et des respirateurs.

«Les employés de la santé sont résilients, mais il va falloir les soutenir pour qu’ils restent résilients dans le contexte actuel», évoque à Métro le président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), Jeff Begley.

Selon des données du Collège des médecins, près de 1500 médecins sont actuellement âgés de 70 ans et plus au Québec.

«Ça va dépendre à quel point les mesures de distanciation sociale marchent et comment nous les appliquons. Si nous réussissons à aplanir la courbe d’infections, on ne manquera peut-être pas d’employés dans le réseau de la santé.» – Fabian Lange, professeur à l’Université McGill

Anxiété en raison du coronavirus

Dans son rapport, Fabian Lange fait état de l’anxiété qui monte auprès des travailleurs de la santé, tant en raison de la pression accrue sur le réseau de la santé que le risque de contamination au coronavirus auquel ils font face.

Jeudi, on apprenait qu’au moins 40 personnes ont obtenu un diagnostic positif au coronavirus à l’hôpital de Verdun dans les dernières heures, dont 5 médecins.

«Le problème de distribution des équipements nécessaires et le fait que ce ne sont pas tous les employés de la santé qui sont prioritaires pour se faire tester, ça fait que le stress et le niveau d’anxiété sont en train de monter. C’est un problème, ça c’est clair», ajoute M. Begley, qui craint qu’une telle situation ne nuise à la rétention du personnel dans le réseau de la santé éventuellement. 

Questionnée par Métro, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec a également fait part de ses craintes que le manque d’équipements dans le réseau de la santé et une éventuelle hausse du nombre d’employés infectés entraînent un manque de main-d’œuvre dans les hôpitaux du Québec.

Jeudi, le gouvernement Legault a annoncé avoir débloqué 287 M$ pour hausser les salaires à travers le réseau de la santé, notamment celui des préposés aux bénéficiaires des résidences privées de 4$ l’heure.

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