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15:43 15 décembre 2020 | mise à jour le: 15 décembre 2020 à 20:06 temps de lecture: 4 minutes

Procès pour viol: Gilbert Rozon acquitté

Procès pour viol: Gilbert Rozon acquitté
Photo: Josie Desmarais/MétroGilbert Rozon au palais de justice de Montréal

Le fondateur de Juste pour rire, Gilbert Rozon, a été acquitté des deux chefs d’accusation auxquels il faisait face, soit viol et attentat à la pudeur.

La juge de la Cour du Québec Mélanie Hébert a rendu son verdict mardi après-midi au palais de justice de Montréal. «Je ne peux pas priver l’accusé du doute raisonnable», a-t-elle déclaré.

La victime alléguée, Annick Charette, était présente dans la salle d’audience. Celle-ci a demandé la levée de l’interdit de publication de son identité avant que la juge rende sa décision. 

Deux versions contradictoires

Mme Charette accusait Gilbert Rozon de l’avoir violée dans une demeure de Saint-Sauveur après une soirée dans un bar, 40 ans plus tôt.

Après avoir refusé les avances de l’homme, la femme aurait dormi seule. Elle alléguait toutefois qu’il était sur elle à son réveil. 

Dans son plaidoyer, la défense avait tenté de relever les invraisemblances, les contradictions et le manque de détails de son témoignage. 

À la barre, Gilbert Rozon soutenait plutôt que c’est la plaignante qui l’aurait réveillé en le «chevauchant». 

L’avocat de la poursuite, Me Bruno Ménard, avait suggéré à la juge Hébert de rejeter la version des faits de l’accusé, plaidant qu’il «inversait littéralement les rôles».

Dans un dossier de deux versions contradictoires, un verdict d’acquittement ne signifie pas que les faits ne se sont pas produits, a rappelé la juge Hébert. Cependant, cela signifie que la poursuite ne s’est pas dégagée du fardeau de prouver sa culpabilité hors de tout doute raisonnable.

Un «jour sombre» pour les victimes

À sa sortie de la salle de Cour, Annick Charette a déclaré le mardi 15 décembre comme un «jour sombre pour les victimes d’agressions sexuelles au Québec».

Celle qui est la secrétaire générale-trésorière de la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC–CSN) a ensuite affirmé qu’elle était un autre exemple des limites du système de justice en matière d’agressions sexuelles.

«Le système de judiciaire actuel ne met pas les victimes d’agressions à caractère sexuel et leur bien-être au centre des procédures, a-t-elle dit. Le vent de changement que l’on ressent dans notre société ne se traduit malheureusement pas dans le parcours des victimes ou dans le système judiciaire.»

Par ailleurs, Mme Charette souhaite que d’autres options soient bientôt offertes aux victimes pour les aider dans leur processus de guérison.

Porter plainte, quand même

Me Bruno Ménard, est revenu sur le jugement étoffé de la juge Mélanie Hébert. «C’est une décision qui démontre qu’elle a écouté la preuve et qu’elle l’a analysée. L’analyse de la preuve lui appartient», a-t-il précisé.

Me Ménard encourage tout de même les victimes d’agressions sexuelles à porter plainte. «Je pense que dans toutes les causes, c’est impossible d’arriver à une condamnation ou un jugement sans que la personne vienne porter plainte. C’est important dans tous les dossiers. Il n’y a pas de procès sans déclaration», a-t-il ajouté.

Annick Charette a aussi invité les victimes à briser le silence. «Malgré la déception d’aujourd’hui, je vous invite à dénoncer parce que ainsi des choses pourraient changer», a-t-elle déclaré.

Tribunal des violences sexuelles

D’ailleurs, un rapport d’un comité d’experts mandaté par l’Assemblée nationale publié mardi recommande notamment à Québec de mettre sur pied un tribunal des violences sexuelles.

«Les personnes victimes ne se tournent pas assez vers la justice. Pourquoi? Le système, clairement, ne répond pas à leurs besoins», a souligné l’ex-juge Élizabeth Corte, membre du Comité, lors d’un point de presse, mardi.

Les experts et expertes du Comité proposent d’attacher le Tribunal spécialisé sur les violences sexuelles à la Cour du Québec.

Les installations physiques de cette cour spécialisée pourraient être adaptées, en offrant aux victimes alléguées «des contacts [minimisés] avec l’accusé».

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