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Ukraine: un journaliste de Métro évacué du Bélarus

Sans l’avoir prémédité, le journaliste de Métro Yann Nopieyie se trouvait au Bélarus au moment où Vladimir Poutine a décidé d’attaquer l’Ukraine. Pays coincé en sandwich entre les deux pays en guerre, le Bélarus, dont le gouvernement est pro-russe, sert présentement de base militaire à Moscou.

Q: Tu étais parti au Bélarus pour aller voir de la famille, début février. Tout était normal à ce moment-là dans le pays?

Yann: On m’avait prévenu que c’était différent du Canada, ou d’autres pays occidentaux. On est un peu dans une démocratie déguisée. C’est comme une ère post-soviétique mélangée avec les temps modernes. C’est assez particulier. En public, on ne peut pas parler de politique, parce qu’on peut finir en prison… Alors ça, c’était l’ambiance régulière qu’il y avait d’habitude et je m’étais préparé à ça.

Q: Quand as-tu senti que l’ambiance changeait, là-bas?

Yann: Dès qu’il y a eu l’attaque russe, c’est là où tout a changé. Même si juste avant, on voyait que les troupes russes et bélarusses circulaient déjà…

Mon père m’a réveillé, en urgence, et il m’a dit: «OK, là, il faut qu’on bouge! Ton vol a été annulé, il faut qu’on t’évacue rapidement.» Le changement d’ambiance, je l’ai vraiment vu dans l’administration, au moment où on faisait les visas. Il y avait beaucoup plus de monde, beaucoup plus de panique. Les gens couraient dans les corridors. Ça bougeait dans tous les sens.

Q: As-tu craint de rester coincé au Bélarus?

Yann: Juste après l’attaque, ils ont décidé de fermer l’aéroport. Je suis sorti par voie terrestre, en voiture, avec d’autres Français qui se faisaient évacuer. Il y avait de la panique, du stress, dans certaines familles avec qui je suis parti, qui ne savaient pas comment ils allaient rentrer chez eux.

Q : Pendant ton séjour dans la capitale, Minsk, tu voyais une forte présence militaire?

Yann: Sur les grands axes routiers, on voyait les véhicules militaires. Un jour, on a croisé une quarantaine de véhicules militaires, soit russes, soit biélorusses, certains avec des chars dessus, il y avait des véhicules d’infanteries, de transports, de personnes, etc. Plus tôt, on en avait vu une soixantaine. Et, plus tard, on en a vu encore.

Il faut dire que les Biélorusses ont participé conjointement à l’attaque contre l’Ukraine.  

Q: Tu as pu la constater, cette position pro-russe du Bélarus? Dans la population? Dans les médias?

Yann: C’était déjà présent, ça a toujours été. Différentes sources ont confirmé qu’il y avait de la désinformation. On disait que «l’Ukraine ceci, l’Ukraine cela…» De la propagande typique.

Je ne parle pas russe, alors je n’ai pas pu parler beaucoup avec la population, mais on me dit que les gens là-bas ne parlent pas vraiment de politique – avec des inconnus, mais même entre eux, ce n’est pas vraiment un sujet qui est abordé…

L’attaque russe contre l’Ukraine a été déclenchée le 24 février par Moscou. Elle est considérée comme la plus importante offensive militaire en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.

On observait une montée des tensions politiques dans la région depuis l’année dernière, alors que la Russie avait renforcé sa présence militaire aux frontières de l’Ukraine: au Bélarus, mais aussi en Crimée, annexée par Moscou en 2014.

Le 21 février 2022, Vladimir Poutine a reconnu l’indépendance (par rapport à l’Ukraine) des républiques autoproclamées de Donetsk et de Louhansk, dans l’est de l’Ukraine. Cette région ukrainienne où sont les séparatistes, nommée le Donbass, est un bassin minier et industriel très important sur le plan économique.

Trois jours après cette reconnaissance russe de l’autorité des séparatistes dans la région, Poutine déclenchait l’attaque maritime, aérienne et terrestre contre Kyiv. Cette offensive est condamnée par les pays occidentaux. L’OTAN et l’Union européenne fournissent d’ailleurs du matériel militaire à l’Ukraine.

Partageant une frontière au nord-est avec la Russie, et au sud avec l’Ukraine, le Bélarus (aussi appelé Biélorussie) est présentement utilisé par Moscou pour bombarder l’Ukraine. Son président, Alexandre Loukachenko, est pro-russe, et le pays est considéré par certains comme le vassal de Moscou.

Yann Nopieyie a finalement quitté le Bélarus en passant par la Lituanie. De là, il a pu prendre un autre billet d’avion et il est de retour à Montréal.

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