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L'absence de gros bon sens

Chaque société digne de ce nom doit compter sur un ensemble de règles pour assurer son équilibre et son sain fonctionnement. On appelle ça le code légal. Quand on dépasse les limites du code légal, il est alors de mise de faire appel au code moral. Et si, par malheur, ces deux codes ne suffissent pas, il ne reste qu’un seul autre recours possible : l’appel au gros bons sens. Ce qui nous amène à la question du jour en ce mardi 18 janvier 2012 : on fait quoi quand le gros bon sens a pris le bord?

Prenez le cas de Nathalie Normandeau, l’ex-ministre responsable du Plan Nord qui a accepté un poste de VP dans une firme comptable dont les clients entendent bien tirer le maximum dudit Plan. Madame l’Ex pourra bien invoquer son droit au travail – ce qui est tout à fait légitime – et le fait qu’elle a pris toutes les précautions pour respecter le code sur le lobbyisme et l’éthique, il n’en demeure pas moins que, compte tenu de son récent passé gouvernemental, son nouveau choix de carrière n’a pas de maudit bon sens. Tout cela est-il légal? Oui, on n’en doute même pas une micro-seconde. Alors, si c’est légal, est-ce moral? Non, pantoute. 

Déjà qu’elle a abandonné sa job de politicienne à mi-mandat tout en empochant une prime de séparation de 150 000 $ (vous essayerez, vous, de toucher des prestations d’assurance-chômage après un départ volontaire…), Nathalie Normandeau s’organise une fois de plus pour faire planer le doute sur son sens du devoir et de la correction. Sans bon sens… et pas très brillant par-dessus le marché.

Même chose pour les députés transfuges qui changent de parti au mépris du choix fait par leurs électeurs. Un élu a-t-il le droit de faire ça? Bien sûr, d’ailleurs ils ne s’en privent pas. Est-ce correct d’agir ainsi? Poser la question, c’est y répondre, comme ils disent… Le cas de Lise St-Denis m’interpelle particulièrement.  Candidate-poteau pour les néo-démocrates aux dernières élections fédérales en Mauricie, elle a pris la décision de traverser le parquet pour s’installer dans la tente des libéraux à peine huit mois après la vague orange du 2 mai. Or, si Miss Poteau est à ce point convaincue de l’endossement inconditionnel de son électorat, il serait tout indiqué qu’elle remette immédiatement son siège en jeu pour se représenter sous sa nouvelle bannière. Mais elle ne le fera pas, voyons donc. Elle sait bien qu’elle se ferait laver et essorer à l’eau claire.  

En ce qui concerne François Rebello, ex-péquiste et nouveau-caquiste, on se contentera de souligner qu’il a lui-même donné un coup de hache dans son capital de crédibilité en enfilant un sinistre costume de vire-capot. En un rien de temps, il sera passé de figure prometteuse de la politique québécoise à girouette au sens de l’honneur discutable. 

Trois histoires, trois manières de voir et de faire les choses. Et surtout, trois manières de faire tourner le moulin à cynisme…

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Avant de vous quitter, je voulais vous soumettre un dernier sujet de réflexion. Admettons que l’appareil légal, la Commission d’examen des troubles mentaux pour ne pas la nommer, fasse appel à une experte psychiatre pour juger du degré de dangerosité d’un médecin qui a déjà admis avoir poignardé à mort ses deux enfants. Et que cette experte, au terme de son analyse, décrète que le médecin devrait recouvrer sa liberté inconditionnelle dans la société. Dans votre société en l’occurrence. Accepteriez-vous son diagnostic sans broncher? 

Bon, c’est bien ce que je me disais aussi…  Sans bon sens.

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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