Le rire c’est du sérieux
Le nouveau champion québécois du rire sera connu le 8 septembre. La compétition se tiendra dans le cadre du festival StressFest, un événement qui fait la promotion des meilleures pratiques pour contrer le stress, la maladie du siècle. Huit places seront réservées à des compétiteurs expérimentés, et les deux dernières, aux meilleurs volontaires parmi le public. État des lieux de ces Championnats du rire, une pratique beaucoup moins farfelue qu’on le pense.
Pas facile!
Pour remporter le premier titre de champion du rire, mis en jeu en 2010, Nicole Veillette, une inconnue du milieu, a dû passer par les qualifications. À travers les différentes épreuves, dont le duel où les deux opposants doivent soutenir leur rire le plus longtemps possible ou les solos de style où les participants doivent rire de différentes manières, elle a dû rire entre quatre et six heures. Une épreuve qui n’est pas à la portée de tous. «Les personnes entraînées peuvent tenir pendant six minutes d’affilée.
Mais on conseille généralement aux débutants de se limiter à des périodes de deux minutes de rire, car le lendemain, ils risquent d’être courbaturés et d’avoir mal aux côtes», explique Johanne Beaudriault, responsable du Club de rire de Saint-Eustache, où se tiendra le festival. Les compétitions de rire peuvent aussi être contre-indiquées pour les personnes ayant subi une opération récemment, ou celles ayant des problèmes cardiaques. «Cela dit, il n’y a qu’une dizaine de personnes qui seraient mortes de rire dans le monde. Le rire est bien moins dangereux que le sexe», clame Albert Neremberg, organisateur de la compétition et auteur de deux documentaires sur le rire.
Effets bénéfiques
Les effets du rire sur la santé sont déjà bien connus et documentés. Le Dr Michael Miller, de l’université du Maryland, note que l’afflux sanguin provoqué par le rire a pour bienfaits d’améliorer la résistance cardiaque. Parmi ses autres effets, le rire améliore l’humeur en provoquant la sécrétion d’endorphines, et peut notamment avoir des effets bénéfiques sur le sommeil, les voies respiratoires et la digestion. Pas étonnant, alors, que plusieurs des champions régionaux de rire du Québec travaillent dans le domaine des relations d’aide, que ce soit en tant que préposés aux bénéficiaires dans des maisons de retraite ou des hôpitaux, ou en tant que thérapeutes. De son côté, Albert Neremberg travaille auprès des toxicomanes. «Les effets du rire peuvent s’apparenter physiologiquement à ceux de la cocaïne, alors ça peut être un bon substitut», explique-t-il. Anne-Lucie Holmes, une des prétendantes au titre de championne cette année, recommande d’ailleurs à tous de rire 10 minutes par jour. «Même tout seul devant le miroir, en forçant son rire, on obtient des résultats.»
Phénomène mondial
Au-delà des compétitions internationales qui ont essaimé depuis le premier championnat en 2010, plusieurs phénomènes ont retenu l’attention d’Albert Neremberg dans ses documentaires sur le rire. C’est le cas notamment de l’épidémie de rire qui a touché plusieurs villages de l’actuelle Tanzanie pendant plusieurs mois en 1962. «Tout est parti d’un pensionnat et a fini par toucher des milliers de personnes. À l’époque on croyait que c’était causé par une maladie, mais avec le recul on croit désormais que ce pourrait être lié à une réaction au stress», note le «rirologue».
Parmi les autres phénomènes qui retiennent son attention, on note les églises évangélistes Holly Laughter, où le rire est au centre des célébrations. Il s’intéresse aussi à l’état des rieurs professionnels de Hollywood, abondamment utilisés sur les plateaux de télévision. Selon le spécialiste, l’avènement des téléréalités a sonné le glas des comédies où le rire du public était nécessaire, ce qui créait une demande pour les rieurs professionnels. En perdant leurs contrats, ceux-ci ont aussi perdu tous les bénéfices de leur métier, dont un meilleur état de santé psychique.
Plus d’infos
- Site du festival StressFest
- Trouver un club de rire au Québec ici mais aussi ici
- Quelques scènes du documentaire Rire extrême, d’Albert Nerenberg ici et ici