Raconter des histoires
Il y a des gens qui se méfient des autres jusqu’à ce que ces derniers aient gagné leur confiance, et d’autres qui font confiance à tout le monde d’emblée jusqu’à ce qu’ils se fassent avoir. J’appartiens plutôt au deuxième groupe. Ne comprenant pas ce qui motiverait les gens à mentir, voler, manipuler, j’ai plutôt tendance à tenir pour acquis qu’ils sont honnêtes et de bonne foi. Et, pour vous rassurer, je me fais rarement avoir. C’est pourquoi j’accueille favorablement la proposition du gouvernement de rendre obligatoire le cours d’histoire du Québec au cégep.
On n’est jamais trop informé, et puis, par les temps qui courent, l’identité des Québécois semble si fragile qu’il m’apparaît préférable qu’elle soit ancrée solidement dans l’histoire plutôt que dans la peur de l’Autre, une laïcité de pacotille ou un principe d’égalité hommes-femmes qui nous définirait mieux que la ceinture fléchée et le pâté chinois. S’il n’en tenait qu’à moi, on ne ferait que ça, renforcer l’identité québécoise par des cours d’histoire, des subventions à la culture et une économie solide qui donnerait confiance en l’avenir.
Mieux connaître notre histoire, on aurait peut-être moins peur d’être envahis par l’Autre, de perdre nos repères, de se faire dicter des valeurs qui ne nous ressemblent pas par des fonctionnaires menaçants coiffés de signes religieux ostentatoires. On saurait que tout ça est déjà pas mal bien protégé par la Charte des droits et libertés de la personne, adoptée sous Bourassa en 1975. On se souviendrait que les femmes ont eu le droit de voter aux élections québécoises en 1940. On comprendrait la différence entre le contexte qui a motivé l’adoption de la loi 101 et celui qui motive le gouvernement actuel à vouloir bannir les signes religieux de la fonction publique sans pourtant retirer celui qui trône à l’Assemblée nationale. On saurait que ce crucifix a été placé là par un gouvernement obscurantiste et que sa seule présence dans les manuels d’histoire et au musée suffirait à nous rappeler que l’union entre l’État et l’Église a été très forte sous Duplessis, sans nous donner l’impression qu’elle l’est encore aujourd’hui.
On dit que l’on enseigne l’histoire pour éviter qu’elle ne se répète, et pourtant… Connaître ce qui s’est passé durant la Nuit des Longs Couteaux (la nôtre, pas celle des Allemands) ne semble pas avoir effrité ma confiance en l’honnêteté et la bonne foi des gens. Je suis persuadée que le gouvernement Marois se gardera une petite gêne sur la portée idéologique du programme d’enseignement qu’il mettra sur pieds. Après tout, la bête propagande ne fait pas partie des valeurs québécoises. Je me rassure aussi en me disant qu’il y a autant de cours d’histoire que de profs, et qu’aucun programme n’empêchera un passionné d’enseigner l’esprit critique à ses élèves.
Être plus méfiante, je m’inquiéterais probablement du genre d’histoire qu’on veut raconter à nos cégépiens. Surtout quand la proposition vient d’un gouvernement à qui l’histoire, la vraie, donnerait probablement tort.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.