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Sacrifier ses seins pour garder la santé

Photo: Getty

Mère de famille et auxiliaire familiale à domicile de 47 ans, Anick Lamontagne a subi une ablation préventive des seins, une mastectomie, en 2005. Elle a ainsi fait chuter ses chances de développer un cancer du sein qui son passés de 92% à 8 %. Elle raconte comment cette expérience a changé sa vie.

Comment avez-vous su que vous aviez besoin d’une mastectomie?
Ma mère a eu le cancer du sein et de l’ovaire avant l’âge de 40 ans. Elle a vécu 22 ans avec la maladie et subi 11 récidives. Après une étude, ma mère et moi avons été dirigées vers l’hôpital Royal Victoria pour un test génétique. Ça consistait en une prise de sang. On m’a rencontrée personnellement pour me donner les résultats : je suis porteuse de mutations des gènes Brca1 et Brca2, ce qui veut dire que j’avais 92 % de chances d’avoir un cancer du sein, de même qu’un cancer de l’ovaire.

Comment avez-vous réagi?
Ç’a été tout un choc. Je me suis dit «pourquoi moi»? Quand j’ai repris mes esprits, j’ai été bien épaulée par le personnel médical.

Que vous a conseillé votre médecin?
J’avais deux choix. Soit je subissais l’ablation des seins, de l’utérus et des ovaires, soit je me soumettais à un suivi très serré aux trois mois. Mon médecin m’a incitée à rencontrer un psychologue pour me soutenir dans ma décision.

Le choix a-t-il été difficile?
Non. Je l’ai fait tout de suite. Je ne voulais pas passer par les mêmes épreuves que ma mère. La chimiothérapie, la radiothérapie et les traitements au tamoxifène ont entraîné pour elle des évanouissements, des vomissements et d’autres effets secondaires, tout ça pour qu’elle termine sa vie avec les seins charcutés. Il n’était pas question que je vive avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. J’ai eu les résultats du test au mois de février, et je me faisais opérer pour la première fois en mai.

Comment se sont déroulées les interventions?
J’ai subi plusieurs chirurgies, pour l’ablation des seins et leur reconstruction, puis pour l’ablation des ovaires et de l’utérus. Durant la première, la plus longue, j’ai passé huit heures sur la table d’opération. J’ai eu des complications – des infections et des rejets d’implants – qui ont nécessité des interventions supplémentaires, mais présentement je vais très bien.

Êtes-vous toujours heureuse de votre décision?
Absolument. J’ai l’esprit  tellement plus libre maintenant. Et je ne me sens pas moins féminine qu’avant. C’est sûr que ç’a été difficile et qu’il y a un prix à payer pour ça. Il y a des cicatrices, et je n’ai plus de sensibilité au niveau des seins. Mais j’ai maintenant une belle vie et je savoure les moindres petites banalités. M’asseoir sur le bord de la mer, ça vaut des millions.

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Que conseilleriez-vous aux femmes qui apprennent qu’elles ont ces mutations génétiques?
De ne pas hésiter à subir cette opération. C’est une grosse décision, mais elle enlève un énorme poids de sur les épaules. Avant mon opération, j’avais rencontré une dame qui avait déjà subi la même chose et qui m’avait montré ce que ça donnait, l’ablation et la reconstruction. J’avais même pu toucher à ses nouveaux seins. Ça m’avait aidée à surmonter ma peur. Si ça peut soutenir d’autres femmes, je serais prête à faire la même chose.

Avez-vous apprécié qu’Angelina Jolie révèle qu’elle avait subi une mastectomie préventive?
J’ai adoré ça! Ça a permis au public de mieux comprendre ce que c’est. En plus, comme elle est un canon de beauté, elle a offert un modèle positif aux femmes qui sont dans notre situation.

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Un avenir plus rose pour les femmes
Dans son livre Les raisons d’espérer, lancé demain (mercredi), le Dr André Robidoux, chirurgien et oncologue au Centre hospitalier de l’Université de Mont­réal (CHUM), donne un aperçu de l’évolution de la recherche pour le traitement et la prévention du cancer du sein. «Un traitement par injection intraveineuse, qui ferait diminuer les risques de cancer avec moins d’effets secondaires, pourrait voir le jour, affirme-t-il. Plus tard, peut-être que des vaccins contre le cancer du sein seront administrés à certaines patientes à risque. Il y a des recherches en ce sens-là.»

Pour le moment, il existe plusieurs manières de prévenir le cancer du sein pour les femmes très à risque de le développer en raison de mutations génétiques, raconte le Dr Robidoux. «Il y a d’abord la modification du style de vie : amélioration de l’alimentation, augmentation de l’activité physique et diminution de la consommation d’alcool, explique-t-il. En principe, les gens sont tous favorables à cette solution, mais c’est difficile pour eux de la mettre en pratique et il faut du temps avant d’en constater les effets.»

La deuxième option est de prendre des médicaments qui font diminuer le risque d’environ 50 %, comme le tamoxifène. «Cette option n’est pas très populaire, car l’idée de prendre de façon préventive des médicaments qui ont des effets secondaires est très peu acceptée», souligne le Dr Robidoux.

Une troisième possibilité est l’ablation des seins, qui comporte toujours des risques d’infections et d’hémorragies.

Alain Gagnon, chirurgien plasticien à l’Hôpital Notre-Dame du CHUM, croit que ce dernier choix est de plus en plus populaire. «Aujourd’hui, on peut faire l’ablation et la reconstruction des seins dans le même temps opératoire et avoir de très beaux résultats. On peut même garder la peau du sein et, dans certains cas, utiliser pour la reconstruction certaines parties du corps de la femme, comme la graisse du ventre, au lieu de recourir à une prothèse mammaire», relate le Dr Gagnon.

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