Redéploiement à courte vue
Tout ça pour ça! On s’attendait à un remaniement ministériel à Québec, on a plutôt eu un redéploiement. Jean Charest «redéploie» ses ressources pour mieux arrimer les forces de chacun afin de réussir la relance. C’est ce qu’il dit.
Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’avec un taux d’insatisfaction de près de 80 % et toutes les rumeurs qui ont circulé, Jean Charest savait qu’il fallait faire de vrais changements. Il n’a pas eu le courage de bouger le ministre de la Santé, de peur de perdre le comté de Jean-Talon dans une élection partielle. Les pressions exercées par le ministre Bolduc et les préoccupations partisanes l’ont donc emporté.
Jean Charest sort ainsi affaibli de cette opération. Le respect de l’institution et de la tradition veut qu’un ministre se plie aux demandes de son premier ministre. Dans ce cas-ci, si l’on en croit le bruit qui a circulé, mais surtout le résultat, ce sont les ministres qui ont choisi leur destiné plutôt que Jean Charest.
Certains choix font d’ailleurs sourciller. Prenons par exemple la nomination de Sam Hamad aux Transports. Elle n’a rien pour éloigner les demandes de commission d’enquête publique sur l’attribution des contrats et le financement des partis politiques. Cet ancien vice-président d’une firme d’ingénieurs-conseils aura fort à faire pour dissiper les soupçons. La difficulté ne sera pas moins grande pour Kathleen Weil à l’Immigration. Après avoir peiné avec le dossier de la justice, elle devra maintenant faire face à Louise Beaudoin.
Le retour de Jean-Marc Fournier est un autre élément qui ne renforce pas la position de Jean Charest. Lui qui se faisait un plaisir de mentionner le pouvoir d’attraction de sa formation politique lors de l’arrivée de Simon-Pierre Diamond n’aura pu attirer du sang neuf pour insuffler une nouvelle énergie à son équipe.
Un remaniement ministériel est habituellement le moment pour un gouvernement de se relancer. Généralement, le premier ministre saisit cette occasion pour renouveler sa vision et réaffirmer son leadership auprès des électeurs. Cette fois, Jean Charest aura manqué sa chance. Au lieu de prouver qu’il avait les deux mains sur le volant, il aura au contraire effectué un redéploiement à courte vue.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.