L'entêtement de Harper
La décision du gouvernement Harper de tripoter dans la méthodologie du recensement sera sans aucun doute le dossier de l’été. À tout le moins celui qui fera couler le plus d’encre.
Je ne reviendrai donc pas sur l’utilité des données ou sur les conséquences importantes de ce choix sur les politiques publiques. Ce qui me frappe maintenant, ce sont les conséquences qu’aura à plus long terme ce débat sur l’image du gouvernement conservateur.
L’impact politique risque de ne pas être négligeable si un compromis n’est pas trouvé. Dans un récent sondage effectué par Léger Marketing, 56 % des Canadiens interrogés ont indiqué que, selon eux, le premier ministre Harper était un homme déterminé, et 55 % ont dit qu’il dégageait de la confiance. À première vue, M. Harper pourrait se réjouir de ces résultats. Il s’agit cependant de deux qualités qui, selon le degré d’intensité, peuvent devenir des défauts. C’est par la personne de Tony Clement que cette manière de faire s’est exprimée, mais on peut dire sans craindre de trop se tromper que le silence de Stephen Harper était un vote de confiance pour son ministre de l’Industrie. En définitive, le premier ministre demeure toujours l’ultime responsable.
Or, être déterminé jusqu’à l’entêtement et confiant jusqu’à l’arrogance ne sont pas nécessairement des atouts politiques. Dans les faits, les modifications apportées au processus de cueillette de données du recensement pourraient permettre aux partis d’opposition de mettre en relief l’entêtement et le dogmatisme du gouvernement conservateur et de son chef. La question est donc de savoir s’il y aura un prix politique à payer pour ce genre de comportement. La réponse est simple dans le contexte actuel : probablement pas. Depuis le début de cette saga, les intentions de vote en faveur des conservateurs ont bien chuté. Toutefois, les libéraux ne semblent pas en mesure de fédérer l’insatisfaction de l’électorat. Au contraire, le chef libéral est perçu comme moins confiant, moins déterminé et moins courageux que son principal rival.
Il faudra plus qu’une tournée du Libéral Express pour faire changer la tendance. Pendant ce temps, les conservateurs ont tout le loisir de n’en faire qu’à leur tête.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.