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Droits des LGBT au Canada: Le passé sera-t-il garant de l'avenir?

Benoîte Labrosse - Métro

«Si le passé est garant de l’avenir, nous sommes très inquiets!» C’est ainsi que Steve Foster, président-directeur général du Conseil québécois des gais et lesbiennes (CQGL), résume la réaction de son organisme à l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire à Ottawa le 2 mai dernier.  

Il faut dire que la feuille de route du Parti conservateur du Canada (PCC) en ce qui concerne les droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transgenres (LGBT) n’est pas reluisante. Depuis l’accession au pouvoir du PCC en tant que gouvernement minoritaire en 2006, plusieurs organismes et festivals LGBT, ont vu entre autres leur financement réduit ou supprimé, dont la Gay Pride de Toronto et le festival DiversCité de Montréal.

Toute référence aux droits des LGBT a également été retirée du guide remis en 2010 aux immigrants qui demandent la citoyenneté canadienne par le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Jason Kenney. Ces informations ont été réintégrées au document depuis.

«Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement de Stephen Harper a posé des gestes qui démontrent que pour les conservateurs, les LGBT ne semblent pas être des citoyens à part entière, résume Steve Foster.

Le son de cloche est un peu moins pessimiste du côté de la Fondation Émergence. «La majorité des Québécois n’a clairement pas voté pour les conservateurs, donc c’est une bonne nouvelle, souligne son président, Laurent McCutcheon. Même si un gouvernement conservateur majoritaire n’est pas une bonne idée à court terme, on ne peut pas transformer une société si rapidement que ça, poursuit-il. Neuf ans au pouvoir, ce n’est pas assez pour imprégner vraiment une population d’une idéologie.»

Le président d’Émergence estime que les préjudices imposés à la communauté LGBT par les conservateurs ne paraîtront pas au premier abord. «Ils risquent de se faire plutôt discrètement. Le gouvernement pourrait couper dans les programmes de subventions à la sensibilisation, à la défense des droits et les groupes de soutien LGBT», estime-t-il.  

Si M. McCutcheon croit à la promesse des conservateurs, qui se sont engagés à ne pas toucher au mariage entre conjoints de même sexe, Steve Foster, lui, ne leur fait pas confiance. «Il y a des risques, parce que les conservateurs ont déjà fait fi de jugements, comme dans le cas d’Omar Khadr», rappelle le PDG du CQGL.

MM. Foster et McCutcheon s’entendent toutefois pour dire que l’accession du Nouveau Parti démocratique au rang d’opposition officielle est une bonne nouvelle, surtout que le parti est le seul à compter une commission LGBT. «En fait, l’ensemble des partis d’opposition sont nos alliés, rappelle Laurent McCutcheon. Sauf qu’ils n’ont pas le poids requis pour bloquer les conservateurs.»

Prendre position ou pas?
«Il y a deux malheurs dans cette élection : un gouvernement conservateur majoritaire a été élu et des membres de notre communauté ont pris position publiquement contre le gouvernement en place», se désole Laurent McCutcheon, qui rappelle que sa Fondation n’a pas de mandat politique.

En avril, le CQGL a en effet invité les membres de la communauté LGBT à voter contre les conservateurs. Une première dans l’histoire du mouvement. «C’est sûr que notre philosophie est de ne pas prendre position pour ou contre un parti politique, mais cette fois-ci, on ne pouvait pas rester silencieux», précise Steve Foster.

Cette sortie n’a pas du tout plu à la Fondation Émergence, qui estime qu’une telle prise de position affaiblit toute la communauté. «Je trouve ce geste imprudent pour un groupe minoritaire comme le nôtre, qui doit toujours être en position de négocier», fait valoir Laurent McCutcheon.

Seul l’avenir nous dira si la sortie du CQGL a trouvé écho au PCC, car le parti n’a pas répondu aux demandes d’entrevues de Métro.

Une journée made in Québec
La Journée internationale de lutte contre l’homo­phobie célébrée aujour­d’hui a ses racines au Québec. C’est la Fonda­tion Émergence qui y a organisé la première Journée nationale de lutte contre l’homophobie en 2003.

Plusieurs pays européens ont décidé de suivre le mouvement. Ils ont
suggéré que l’événement se tienne le 17 mai, pour commémorer le retrait
de l’homosexualité de la liste des maladies mentales de l’Organisation
mondiale de la santé, retrait effec­tué le 17 mai 1990.

Toutefois, la journée n’est pas encore reconnue par les Nations unies.
«C’est le Conseil des droits de l’Homme qui doit l’approuver à majorité,
et il ne l’acceptera pas de si­­tôt, car plusieurs pays afri­cains y
siègent, et ils ne reconnaissent pas l’ho­­mo­sexualité dans leur pays»,
précise M. McCutcheon.

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