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Élections provinciales: analyse des points saillants de la semaine

Pour commenter l’actualité électorale de la semaine, Métro s’est entretenu avec Marc André Bodet, professeur adjoint au département de sciences politiques de l’Université Laval et membre de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires.

Plusieurs personnes se demandent si le candidat péquiste Pierre Karl Péladeau (PKP) devrait vendre ses actions de Québecor ou les mettre dans une fiducie sans droit de regard, tel qu’il le propose. Qu’en pensez-vous?
Je le vois mal se débarrasser de ses actions. C’est injuste de demander à un politicien de sacrifier sa vie professionnelle, puisque la politique ce n’est pas le projet d’une vie. Si on se met dans cette logique, on va se retrouver en politique avec essentiellement des journalistes, des syndicalistes et des enseignants au secondaire. Si on veut faire de la politique quatre, six ou huit ans, on ne commencera pas à sacrifier ce qu’on a construit pour cette courte période de temps.

Dans le cas de PKP, je sais que plusieurs personnes ont fait des sorties assez fortes, notamment des spécialistes de la gouvernance qui disaient qu’il fallait qu’il vende ses actions à tout prix. Mais je pense que c’est peut-être trop en demander pour un individu qui s’apprête à sacrifier de bonnes années professionnelles pour le service public. Mettre ses actions dans une fiducie, ça assure une bonne distance, tant que les décisions qui seront prises au conseil des ministres qui toucheront l’empire Québecor ne le soient pas en présence de PKP. Il devra se retirer, comme Pauline Marois l’a fait par le passé lorsqu’elle était dans une situation un peu semblable à travers son mari. Si PKP est nommé ministre des Finances suite à l’élection, là il y aurait un malaise.

Je pense qu’il se fait beaucoup de politique sur cette question, et en fin de compte la solution en sera une de compromis, en s’assurant évidemment que PKP n’ait pas droit de regard sur l’organisation de sa compagnie. Il faut comprendre que c’est un gros empire aussi et qu’on accorde peut-être une importance trop grande à son pouvoir décisionnel dans l’entreprise, considérant la taille de l’entreprise et à la quantité de cadres supérieurs qui prennent des décisions au jour le jour.

Du point de vue de la stratégie politique, qu’avez-vous pensé de la candidature de PKP?
Pour le PQ, dans une perspective électorale, c’est un bon coup. Ça recrée une coalition. Le PQ a longtemps eu cette image de coalition des gens de gauche et de droite. Mais la droite du PQ avait été fortement évacuée depuis l’arrivée de Pauline Marois comme chef. Ça leur permet d’aller chercher une clientèle qui avait quitté le PQ ou s’en était éloignée. En ce sens, je pense que ça peut être payant.

Au niveau du parti, de l’organisation, de la mobilisation, c’est moins sûr, même si plusieurs ténors péquistes sont sortis pour dire qu’ils étaient heureux de l’arrivée de PKP. À long terme, ça peut créer du dommage et ça peut causer des problèmes au sein du membership et au sein des militants actifs.

Je crois que si PKP et plusieurs autres candidats d’envergure ont décidé de faire le saut,  c’est que leurs chiffres internes d’intention de vote au PQ doivent être assez bons. C’est un signe assez fort que PKP envoie. Ce gars-là ne va pas au parlement pour être dans l’opposition.

Le débat sur l’indépendance a pris de l’ampleur dans la campagne électorale, prenant même le dessus sur le débat sur la charte. Quel impact ce changement aura-t-il sur la campagne?
La stratégie du Parti libéral du Québec (PLQ), c’est de cristalliser le vote sur cette question. Un retour sur la question identitaire et encore plus sur la question d’un troisième référendum, ça avantage et ça mobilise les appuis au PLQ et au PQ. La stratégie du PQ semble intéressante. Pauline Marois, depuis son arrivée au pouvoir en 2012, laisse ses collègues prendre position. Jean-François Lisée s’est notamment avancé sur ces enjeux par le passé. Maintenant, PKP a une position importante. Même si elle s’est vu obligée d’en parler récemment, Mme Marois semble se permettre de parler des autres enjeux de politique publique, mais en gardant le sujet vivant par les interventions de ses collègues. Ce n’est pas une mauvaise stratégie, parce que ça lui permet de jouer autant sur le tableau économique qu’identitaire.

Par contre, les sorties sur les négociations possibles suivant un référendum en matière de monnaie commune, de libre-échange, c’est plus difficile. Les enquêtes montrent que même chez les Québécois relativement favorables à la souveraineté, il y a des craintes par rapport aux conséquences économiques. Donc, ce n’est pas pour rien que Philippe Couillard a sauté sur l’occasion.

Est-ce que le débat sur la charte pourrait revenir dans la campagne?
À moins qu’un événement qui se rapporte directement aux accommodements raisonnables apparaisse au cours du reste de la campagne, on va passer à autre chose. On a beaucoup discuté de charte dans les mois qui ont mené à la campagne. Tout a pas mal été dit. Une fois que les partis ont pris position, il n’y a plus beaucoup de choses à dire.

Mme Marois a tardé avant d’accepter de participer au débat des chefs à TVA. Est-ce une partie de sa stratégie politique?
Pour les débats des chefs, la recherche montre que, règle générale, ils ont peu d’impact sur les intentions de vote. Au moment de la diffusion, beaucoup de personnes ont déjà fait leur choix. C’est plus une bonne vitrine pour les petits partis. Pour Québec solidaire, c’est un bon coup. Pour les grands partis, c’est un peu un passage obligé.

Mais au début de la campagne, lorsque l’avance de Pauline Marois était plus considérable, elle avait peut-être tendance à vouloir minimiser les confrontations. Avec une remontée du PLQ, elle semble vouloir augmenter sa présence dans ces débats pour éviter de perdre le contrôle de la campagne.

Le PLQ talonne le PQ dans les intentions de vote. Est-ce assez important pour que le PQ commence à s’inquiéter?
Je dirais que oui. Les libéraux ont une bonne machine pour mobiliser leurs appuis. On tend aussi à oublier qu’il y a un fond adéquiste assez solide dans la région de Québec et en Beauce, qui pourrait priver le PQ d’une majorité. Je pense qu’un gouvernement majoritaire péquiste est encore le scénario le plus probable, mais c’est beaucoup moins sûr qu’il y a un mois où les sondages donnaient presque la moitié des francophones au PQ. En ce sens, la campagne s’est resserrée. Françoise David y a fait référence à Tout le monde en parle, à l’effet que Québec solidaire pourrait avoir la balance du pouvoir. C’est possible.

La Coalition avenir Québec (CAQ) perd des points dans les sondages. Qu’est-ce que vous pensez de leur campagne?
Un des problèmes de la CAQ, c’est qu’ils manquent d’organisation à l’extérieur de leur base traditionnelle. Ils perdent du terrain au nord de Montréal et sur la Rive-Sud. Et François Legault se retrouve pris dans toutes sortes de déclarations controversées, surtout à Québec où il s’est opposé à Régis Labeaume. La transformation récente, ou le virage de François Legault, ça sonne faux. Il essaie de sonner comme un adéquiste, alors qu’il n’en est pas un. Quand la CAQ a commencé à descendre dans les intentions de vote, je me suis dit qu’un moment donné, les adéquistes de Québec allaient essayer de sauver leur peau. Ils vont commencer à jouer local, à sortir de la ligne de parti pour sauver leur siège. Peut-être que le virage récent de François Legault, c’est une réponse à ça, en essayant de s’aligner sur les candidats qui ont de bonnes chances de gagner.

J’ai l’impression qu’à ce point-ci de la campagne, ils font une campagne «de la vérité», ils veulent dire aux gens les vraies affaires, et oublier la popularité. Ils ont compris qu’il y a un essoufflement important. François Legault se retrouve un peu seul à la CAQ avec d’anciens adéquistes.

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