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L’ennemie utile

Il ne faut pas être si fan de Québec solidaire que ça pour comprendre que durant le débat des chefs, Françoise David a été instrumentalisée.

Plutôt que de l’attaquer – sur quoi pourrait-on de toute façon attaquer quelqu’un d’aussi peu susceptible de prendre le pouvoir, hein? – les autres chefs ont tenté de se mettre copain avec la députée sortante de Gouin. Chaque fois qu’ils avaient l’occasion de questionner la chef de QS, Couillard et Legault, au lieu de perdre leur temps à tenter de discréditer un parti insignifiant, utilisaient ce moment pour faire «miroir» en direction de la véritable cible de leurs attaques: Pauline Marois. Cela donnait lieu à des échanges du genre: «Hein que le projet de charte du PQ n’a pas de bon sens madame David?» Même Mme Marois se collait à la bonne réputation de Françoise David quand ça l’arrangeait, rappelant qu’elle avait combattu aux côtés de Québec solidaire pour réclamer une commission d’enquête sur la corruption.

Bien sûr, cette forme de commensalisme politique n’a pas nui à Québec solidaire, le parti dont tout le monde dit tout le temps qu’il fait la meilleure performance au débat des chefs, mais pour qui personne ne votera. Comme dans «c’est sûr que c’était Françoise David la meilleure au débat, c’est à elle que je fais le plus confiance, mais je ne voterai quand même pas pour elle».

Les vieux partis peuvent donc dormir sur leurs deux oreilles: peu importe à quel point Québec solidaire performe, personne ne votera pour lui, non?

Pourtant, la panique se lit chez les militants à gauche de l’arc-en-ciel péquiste. Dans un texte qui dévoile le cynisme dans lequel nous plonge le vote stratégique, Jean-François Lisée explique en quoi un vote pour QS, c’est un vote pour le PLQ. La rhétorique: vous êtes mieux de voter pour un parti qui promet d’être à gauche, mais qui finalement se range à droite, plutôt que de voter pour un parti de gauche en risquant de faire gagner un vrai parti de droite, mais sans les menteries. Autrement dit: ne nous punissez pas d’avoir trahi nos promesses progressistes, comme ça nous pourrons le faire à nouveau. Tu parles d’une stratégie pour mettre la droite K.O. !

Chez les souverainistes purs et durs, on s’accroche à l’idée que le PQ soit le seul parti capable de faire l’indépendance. À la première chaîne de Radio-Canada, le sculpteur Armand Vaillancourt invitait les souverainistes de gauche à se boucher le nez et à voter PQ pour faire un pays. Et en dépit du fait que le Parti québécois veuille le plus possible cacher comme une maladie honteuse ses intentions référendaires, Jacques Lanctôt, lui, déclarait que «le Parti québécois est le seul véhicule qui peut nous mener vers l’indépendance, vers le pays québécois». On n’a plus les révolutionnaires qu’on avait.

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