Soutenez

Deux papas, un débat

Photo: Getty Images/moodboard RF

Alors que Joël Legendre parlait timidement de sa réalité de «père célibataire» lors de l’adoption de son premier enfant, il y a quelques années, mardi, l’animateur-vedette annonçait fièrement avoir fait appel à une mère porteuse pour agrandir sa famille. Il entamait peut-être sans le savoir un grand travail de démystification d’un aspect méconnu de l’homoparentalité : la gestation par autrui.

Le recours à des mères porteuses fait actuellement l’objet d’un débat qui n’intéresse généralement que les personnes directement touchées par le phénomène, mais qui mériterait l’attention de l’ensemble de la société. Le Québec, qui se targue d’être à l’avant-garde en matière de droits des conjoints de même sexe, accuse un certain retard dans ce dossier. Bien que légal s’il ne fait pas l’objet d’une rémunération directe, le recours à une mère porteuse n’est pas encadré, ce qui laisse les conjoints qui s’en prévalent et les mères porteuses sans protection.

Un couple, homo ou non, pourrait donc se battre pour obtenir la garde de l’enfant après s’être fié à la bonne foi de la mère porteuse. Pour contourner le problème, les couples qui veulent recourir à la gestation par autrui s’adonnent à toutes sortes de tours de passe-passe, faisant parfois appel à des mères porteuses américaines et/ou s’engageant dans des démarches d’adoption internationales complexes les laissant encore plus démunis devant les lois canadiennes.

Devant ce vide juridique, on serait tentés de dire tout haut : «Mais qu’est-ce que vous attendez pour changer la loi!?» Le malaise à légiférer vient de préoccupations légitimes au sujet de la possibilité d’abus du corps des gestatrices. En attendant, les mères porteuses aussi peuvent se retrouver sans recours advenant le cas où un couple refuse finalement d’adopter l’enfant «commandé» pour toutes sortes de raisons. C’est déjà arrivé.

La démarche de Joël Legendre remet aussi à l’agenda la question du programme de procréation assistée, dont l’universalité est remise en question. Ça tombe au moment où le Dr Gaétan Barrette, qui s’est clairement positionné contre la gratuité des services de fécondité pour les mères célibataires ou les couples de même sexe, vient d’être nommé ministre de la Santé et des Services sociaux. Hier, Paul Arcand se demandait – à tort – si Joël Legendre n’avait pas profité de son statut de vedette pour avoir accès au programme. La réponse est non : tout le monde y a droit, et c’est justement ce «bar ouvert» qui dérange M. Barrette. Au moment où un débat s’amorce sur la question, ce n’est vraiment pas une mauvaise chose de pouvoir mettre un visage connu sur la réalité homoparentale.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.