Télé-Boomer
Loin de moi l’idée de condamner à l’avance le Ti-Mé Show, le talk-show qui sera animé l’hiver prochain par le personnage de La Petite Vie incarné depuis plus de 20 ans par Claude Meunier. Juger d’une œuvre avant de l’avoir vue est absolument injuste, peu importe le nombre de chances qu’on a données à Claude Meunier d’étirer ses gags de lit vertical et de relations vidangeuses par le passé.
Mais si vous cherchez une explication au peu d’enthousiasme pour le retour Ti-Mé de la part d’un certain public, un public qui a pourtant grandi en se délectant de La Petite Vie en famille le samedi soir, je pointerai du doigt le conflit générationnel qui se dessine à l’arrière-plan des coupes à Radio-Canada. Il aura fallu que Linden MacIntyre et Marie-Claude Lavallée sonnent l’alarme en quittant leur poste – probablement en vain – pour que le grand public prenne conscience que Radio-Canada est peut-être en train de sacrifier une génération de journalistes, de réalisateurs et autres jeunes artisans de sa grande tour. Mais ce n’est pas seulement dans l’embauche et les coupes que la culture vieillissante se fait sentir. On voit ici que c’est aussi dans le contenu. L’annonce de cette énième récupération de La Petite Vie n’est que la confirmation que Radio-Canada est faite par et pour les vieux.
«Combien de documentaires sur les Cyniques nous passera-t-on pour montrer combien la génération boomer est donc belle?» me demandait une journaliste de la tour qui met ses projets de long terme de côté ces temps-ci, compte tenu de sa précarité malgré ses 15 années d’expérience. Sa frustration n’est pas dirigée vers ses collègues grisonnants, mais vers une mentalité de vieux voulant que Jacques Bertrand incarne la relève. Toujours les mêmes chroniqueurs, les mêmes valeurs sûres, les mêmes recettes éprouvées, la vieille façon de faire de la télé. Même si le public naturel de Série noire a délaissé l’écran cathodique depuis des années, on se fie aux cotes d’écoute pour juger de sa pertinence. Et quand Radio-Canada tente de rajeunir son image, elle recule devant la réaction déchaînée de chroniqueurs réactionnaires.
Difficile, dans ce contexte, d’imaginer la société publique faire place à de nouveaux visages (Alors on jase, l’une des rares émissions qui le faisait, a été coupée). Je comprends que, pour payer des Série Noire et des Enquête, ça prend des valeurs sûres, qui renflouent les coffres en s’adressant à un public déjà fidèle au poste. Si au moins Claude Meunier était une valeur sûre…
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.