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Des privilèges aveuglants

Le magazine Time marquait récemment l’histoire en mettant pour la première fois sur sa couverture une femme transgenre, Laverne Cox. Plusieurs personnes ont salué ce geste. Évidemment, il s’en est aussi trouvé pour s’obstiner sur la «véritable identité» de l’actrice incarnant une détenue dans la série Orange is the New Black. «Laverne Cox n’est pas une femme», titrait un article du Chicago Sun Times s’entêtant à utiliser le pronom «il» pour Laverne Cox.

Selon le texte de Kevin D. Williamson, mon nouvel ennemi préféré, la transsexualité est un pur délire, et le fait d’accorder de la crédibilité à ce concept mène à une distorsion de la réalité.

Je peux comprendre que l’abolition d’une séparation nette entre le masculin et le féminin soit difficile à concevoir, que la remise en question d’une vision binaire de la réalité demande une adaptation pour certains. Je m’explique moins facilement l’obstination de certains privilégiés à disqualifier l’expérience de personnes qui ont moins de chances qu’eux, sans jamais prendre conscience que le monde dans lequel ils évoluent les avantage.
Je sais, ce concept de privilège peut être difficile à comprendre – surtout quand on en cumule plusieurs : la plupart rétorqueront qu’ils n’ont pas demandé de naître homme, blanc, riche, hétérosexuel et en parfaite santé, que c’est un fait de la nature, et qu’un privilège est un droit accordé par une autorité à quelques personnes, mais pas à tout le monde. Voilà une définition bien limitée. La société telle qu’elle est organisée confère des privilèges à des personnes qui se conforment mieux aux critères systémiques pour réussir. Qu’il s’agisse d’un fait de nature n’y change rien.

Les privilégiés n’ont pas à se sentir coupables de leurs privilèges, car ils n’y sont pour rien. On ne leur demande pas de s’autoflageller, seulement de reconnaître leur chance, de façon à avoir une compréhension plus empathique du monde. Cela permet de devenir un allié de ceux qui sont moins en adéquation avec les critères de succès, et éventuellement, de changer lesdits critères.

Dans son texte, jamais Kevin D. Williamson ne semble réaliser que, contrairement à Laverne Cox, il n’a jamais été en inadéquation avec la société pour ce qui est de son identité de genre. Il a toujours eu le privilège d’être reconnu comme l’homme qu’il est.

On peut être en désaccord avec cette proposition d’empathie. Mais à défaut d’être des alliés, certaines personnes qui ont des privilèges s’obstinent à les préserver jalousement, à maintenir la société dans un état qui produit des iniquités, à tourner en dérision les revendications de ceux qui n’ont pas leur chance. Je vois ce phénomène dans le débat sur les garderies à 7 $, sur les droits des conjoints de fait, sur la procréation assistée, sur l’immigration, dans le débat qui oppose #notallmen et #yesallwomen. Les privilégiés sont partout! Au lieu d’écouter, ils se mettent sur la défensive. Pour défendre… leurs privilèges.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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