La loi du moindre effort
Plusieurs personnes semblaient se réjouir d’apprendre cette semaine que cinq minutes de course à pied par jour suffisent à réduire le risque de mourir d’une maladie cardiovasculaire. Certaines d’entre elles partageaient même l’étude avec un soupçon d’arrogance, comme si c’était ceux qui couraient plusieurs heures par semaine – sans hésiter à partager leur expérience via RunKeeper – qui se trouvaient soudainement dans l’erreur.
L’empressement avec lequel ces personnes se sont saisies de l’étude, comme pour se déculpabiliser de ne pas être aussi actives qu’elles le devraient, montre à quel point on échoue à se donner de bonnes raisons de bouger. Plutôt que de le faire pour elles, plusieurs personnes s’adonnent à l’activité physique pour répondre à des normes sociales, perdre du poids ou se donner bonne conscience. Peu de gens semblent le faire simplement pour se sentir bien dans leur corps : s’ils ressentaient tout le bien-être qu’une course de cinq kilomètres peut leur procurer, ils n’auraient pas été si nombreux à s’accrocher à cette promesse de ne pas mourir d’une crise cardiaque à condition de courir le minimum requis.
Bien sûr, la même loi du moindre effort vaut pour la nourriture. Une autre étude publiée cette semaine montre que 5 fruits et légumes par jour suffisent pour réduire les risques de décès, contrairement aux 7 à 10 portions que le Guide alimentaire canadien recommande pour un adulte. Si vous voulez vous sentir bien dans votre corps, avoir une belle selle et une digestion l’fun, je vous recommande toutefois de continuer à manger vos brocolis.
De manière générale, il semble de bon ton ces temps-ci de narguer les imbéciles qui, comme moi, font attention à leur santé. «Moi, je préfère avoir du plaisir à manger», dit-on, supposant que je n’ai pas un fun noir à croquer dans une salade pleine de légumes bios, croyant que je le fais par obsession malsaine. «Tu vas au gym même les jours où tu te déplaces à vélo? C’est pas trop?» demande-t-on, comme si j’allais manquer de jugement au point de me surmener.
Je n’ai pas de mérite à bien manger : j’adore les légumes. Et comme plusieurs, je dois me motiver avant d’aller m’entraîner, mais j’y vais parce que j’en connais les bénéfices. Je comprends que certaines personnes n’aient pas cette chance. Je les plains plus que je ne les juge. Ce que j’arrive mal à m’expliquer, c’est cette tendance à ridiculiser les efforts de ceux qui tirent du plaisir à s’entraîner et à bien s’alimenter. Quand un sentiment de culpabilité se transforme en ressentiment, c’est peut-être signe qu’il est temps d’arrêter de lire les études et de prendre simplement soin de soi.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.