Congeler pour plus tard
La proposition d’Apple et Facebook de congeler les ovules de leurs employées en a fait sursauter plusieurs. Avec raison. Mais dans le domaine de la procréation assistée comme dans celui des politiques familiales, les raisons de s’indigner peuvent provenir de plusieurs fronts.
L’argument conservateur de droite : Dans le coin droit conservateur, on prédit déjà rien de moins que la fin de la famille et de l’espèce humaine, conséquence inévitable de la domination du féminisme qui a donné aux femmes le plein contrôle des moyens de reproduction. Le conservateur de droite se demande de toute façon quelle est l’idée de vouloir encourager la participation des femmes au travail?
L’argument conservateur de gauche : Pour le conservateur de gauche, cette annonce n’est qu’une autre preuve que la procréation assistée nous conduira inévitablement à une marchandisation du corps, que l’on pourra bientôt commander en pièces détachées.
L’argument communiste : Jamais bien loin idéologiquement du conservateur de gauche, le communiste ajoute à cette idée de la marchandisation du corps qu’il s’agit en plus d’une appropriation par le capital des moyens de (re)production.
L’argument libertarien : Le libertarien ne s’indigne pas. Il considère cette décision stratégique d’entreprise comme le résultat d’une concurrence légitime dans un contexte d’offre et de demande, et nous rappelle que les employées de Google auront la liberté de choisir ce qu’elles veulent faire de leur corps, s’appropriant à sa convenance le discours féministe.
L’argument féministe : Les féministes auront compris que ces politiques de congélation ovarienne d’Apple et Facebook ne sont que des stratégies de contournement de la vraie problématique : l’absence de politiques familiales au sein de ces entreprises pour favoriser l’embauche de femmes.
Personnellement, je ne porte pas de jugement moral sur les femmes qui désirent congeler leurs ovules pour plus tard, quelles que soient les raisons qu’elles invoquent pour le faire, mais je considère qu’il s’agit d’un choix éminemment personnel. Si elles voulaient vraiment favoriser l’embauche de femmes, les entreprises de technologies pourraient offrir à leurs employés, pas seulement les femmes, une enveloppe budgétaires couvrant des dépenses reliées à la conciliation famille/travail parmi lesquelles la congélation d’ovules serait admise. Leur suggérer de le faire n’a d’autre choix que de passer pour une incitation tordue à sacrifier sa vie familiale sur l’autel de l’ascension professionnelle. Cela envoie clairement le message que pour réussir au sein de l’entreprise, la famille doit passer en second.
Mais surtout, j’espère que les employées qui voudront se prévaloir de cette offre seront bien informées des risques et des aléas d’une telle procédure pour elles, mais aussi pour l’enfant. Le prélèvement d’ovules est une opération invasive qui requiert traitements hormonaux et interventions chirurgicales. Quant à la préservation des ovules, beaucoup s’imaginent qu’il s’agit d’une opération de routine, puisqu’on parle depuis des années de congélation d’embryons et de sperme. Mais, sans vouloir faire de vilain jeu de mots, la congélation d’ovules est encore embryonnaire. Le premier bébé né d’un tel procédé au Canada n’a pas encore dix ans. Il est donc difficile d’évaluer l’impact de ces procédures sur la santé.