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Le plus grand… comme tous les autres

Vous connaissez sûrement l’adage : «C’est toujours les meilleurs qui partent en premier».  Bien, oubliez-le immédiatement! Désormais, il faut dire : «C’était le plus grand».  Au pays des morts, il n’y en a maintenant plus que pour les plus grands. Le dernier en lice à avoir reçu le sacre des sacres est Henri Salvador. Et avant que vous ne sautiez à une malheureuse conclusion, sachez que je n’ai rien contre ce vieux monsieur rigolo, au contraire. J’aurais même été à ses funérailles à la nage si on m’y avait invité.

Seulement au cours des dernières années, il est, si mes chiffres sont bons, le 4 356e «plus grand» à passer l’arme à gauche. C’est maintenant d’un banal. Pauvre Henri, on l’a chargé comme un mulet avant de l’envoyer au ciel. S’il faut croire tout ce qui s’est dit sur son compte au cours des derniers jours, il aura été le plus grand fantaisiste, le plus grand guitariste de jazz, le plus grand de la bossa-nova, le plus grand courailleux, le plus grand ci, le plus grand ça… D’avoir vécu 90 ans et d’avoir fait carrière pendant plus de 75 ans ne suffisait plus.  Il fallait en beurrer encore plus épais.  

Je me demande pourquoi ceux qui restent succombent toujours à l’enflure quand vient le temps de saluer un défunt. Peut-être pour lui rendre le plus grand des hommages, qui sait?

La même chose était arrivée lors du suicide de Dédé Fortin. L’événement, d’une tristesse infinie, avait donné lieu à l’inévitable table ronde en direct le soir même à la télé, histoire de faire du millage sur une autre tragédie. Ils étaient là réunis, journalistes au visage triste et autres chanteurs à l’oil mouillé, pour s’adonner à un nouvel exercice de «plus-grandisme» (sic).  Il y en a même un qui s’était exclamé à un moment donné que Dédé était «probablement un des plus grands auteurs-compositeurs et interprètes de l’histoire de la chanson française».  Rien de moins.  Tant qu’à avoir de la peine à la TV, aussi bien que ça soit la plus grande des peines…

On aurait pu se contenter de saluer un être et un artiste unique. Bien non, il aura lui aussi fallu le sacrer plus grand.  Comme tous les autres…

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