Planter des poteaux
De toute évidence, la nomination de Jacques Demers au poste de sénateur ne fait pas que des heureux. Personnellement, bof… Parti de moins que rien et arrivé là où il en est aujourd’hui, Demers représente au moins un modèle inspirant. Dans le dortoir législatif qu’est notre Sénat, j’ose espérer qu’on réserve encore des places pour du bon monde… À ce que je sache, le bon Jacques est un digne représentant de cette confrérie sélecte.
Jacques-le-motivateur considère que sa nomination est plus citoyenne que politique. Bon, il risque d’être surpris quand on lui indiquera de quel bord il faut voter. Néanmoins, ceux qui doutent de sa capacité à encaisser les coups salauds de la politique se plantent un doigt dans l’oil. N’oublions pas que ce gars-là a toujours défendu sa peau dans le monde du sport, là où la tricherie et «l’hommerie» défient constamment les règles du jeu.
Au fond, ce qui dérange dans la nomination de Demers, c’est qu’elle a été commandée par le gouvernement Harper dans le cadre d’une manouvre électorale très peu subtile pour gagner des appuis au Québec. Contrairement aux stratèges bleus, le reste de l’humanité sait bien que ce geste est tout à fait inutile et que les conservateurs vont se faire botter le cul à la prochaine occasion. D’accord, ça serait peut-être plus simple si le Bloc québécois arrêtait de faire du camping à Ottawa et rapatriait ses troupes au Québec au plus sacrant pour mener un réel combat souverainiste, mais ça, c’est une autre histoire…
Donc, on disait que les Bleus choisissaient des amis pour «paqueter» le Sénat et faire avancer leurs idées. Avant eux, les Rouges faisaient pareil. Tant que nos sénateurs ne seront pas démocratiquement élus et qu’on ne leur confiera pas des mandats d’une durée limitée, les partis vont continuer à planter leurs poteaux à tour de rôle au Sénat.
Le problème ne se pose pas seulement à court terme. Je pense notamment au sénateur Patrick Brazeau, un sympathisant conservateur nommé en janvier dernier dans ce qui semble dissimuler une opération charme auprès de la population amérindienne. Selon les règles, l’Algonquin de 35 ans sera appelé à porter son écharpe bleue au Sénat jusqu’à son 75e anniversaire, soit en 2049! Avec un mandat aussi long, même les poteaux finiront par avoir des racines…