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#EnFrançaisSVP

Pourquoi rit-on de la requête de Pierre Karl Péladeau à un concert de Groenland?

Tout d’abord, commençons par convenir que non, ce n’est pas grave ou important que Pierre Karl Péladeau ait demandé «En français SVP» dans un spectacle de Groenland. Il n’y a pas lieu de s’indigner et à la limite, il est étonnant que cette histoire ait trouvé son chemin parmi les nouvelles. Que des membres du caucus Libéral s’emparent de cette gaffe relève de l’opportunisme politique ordinaire et attendu.

MAIS, s’il n’y a pas lieu de déchirer sa chemise, il y a tout lieu de rire de cette anecdote. Alors rigolons un peu.

Premièrement, il est tout à fait légitime de demander à être servi en français. Il est même important, pour une minorité francophone entourée d’anglophones, de revendiquer d’être servie dans sa langue, de Matane à Gatineau en passant par Frelighsburg et la rue McTavish. Mais, qu’on le veuille où non, l’expression «En français SVP» en est aussi venue à représenter la caricature du Québécois insécure qui revendique de façon passive-agressive l’usage du français en des occasions où il n’a pas vraiment lieu de se sentir menacé. Sur une réserve indienne, dans un dépanneur tenu par un nouvel arrivant encore en situation d’adaptation ou lors d’une soirée avec des amis en visite du Sri Lanka par exemple. C’est de bonne guerre, les anglos ont aussi une expression qui caricature le manque de motivation de certains à apprendre la langue de la province qu’ils habitent depuis parfois plusieurs années : «Sorry I don’t speak French», dit avec un air de culpabilité pas vraiment sincère. C’est dans ce contexte que PKP, l’un des hommes les plus puissants du Québec, s’est malgré lui dépeint comme un Québécois misérable quémandant d’être servi dans sa langue. Procédé humoristique en application : le contraste.

L’autre raison pour laquelle cette histoire est rigolote est la maladresse qu’elle met en évidence. On nous a d’abord raconté que PKP aurait créé un malaise en demandant à un groupe de francophones qui joue des chansons en anglais de s’adresser à la foule en français. Demande raisonnable s’il en est. Mais à la lumière d’une vidéo filmée par Télé-Québec, il appert que la chanteuse du groupe Groenland s’adressait déjà à la foule en français et que donc, ce que PKP demandait à ce groupe dont le répertoire ne comprend que des titre anglais, c’est de jouer une «toune en français». Quoi faire? Entonner Gens du pays pour faire plaisir au patron de Québecor?

Ce qui est drôle, c’est qu’un candidat à la chefferie du PQ se rende à un concert du Festival de musique émergente parce que ça fait jeune et cool, sans que ça ne soit vraiment authentique. Qu’un homme qui aspire à la fonction de Premier ministre se rende au concert d’un groupe qu’il ne connaît pas pour élargir ses horizons culturels est tout à son honneur. Mais il me semble de bon ton, lorsqu’on s’adonne à une activité nouvelle, de se fondre à la foule le temps d’en comprendre les codes et d’éviter d’adopter l’attitude du conquérant à qui tout est dû. C’est le contraire qui crée des malaises. Et des rires dans mon cas.

Mais oui, vous avez raison, tout ça est une tempête dans un verre d’eau et il y a des problèmes beaucoup plus graves dans la vie. Notamment, il paraît que Christian Bégin a dit des mots pas fins au Premier ministre.

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