Drainville, le niqab et la peur!
Au Québec, de plus en plus en plus, les musulmans sont suspectés d’être les agents dormants d’un complot fédéraliste qui nuit au rêve souverainiste.
À ce sujet, Bernard Drainville est devenu le chantre incontesté. On l’a vu avec sa charte. Quand la campagne électorale péquiste a piqué du nez l’an dernier, il est sorti du placard en brandissant sa pancarte «si vous voulez la charte, ça nous prend un pays.»
Alors, récemment, quand l’actualité a fait rebondir l’histoire de Zunera Isha, celle qui a fait reconnaître par une cour fédérale son «droit» de prêter le serment de citoyenneté avec le visage recouvert d’un niqab, Bernard Drainville s’est dépêché pour mettre en garde le peuple.
Le candidat à la chefferie du Parti québécois a posté un message sur la page Facebook officielle de sa campagne avec comme titre: Ça va nous prendre un pays. Bernard Drainville a pris aussi le soin d’illustrer son texte par une photo non identifiée d’une femme arborant une burqa, probablement une Afghane qui vit à des milliers de kilomètres de la Belle Province. Pour mettre en lumière cette image-choc, le député de Marie-Victorin a mis un hyperlien qui mène vers Bienvenue dans le non-pays, un billet de Mario Dumont publié sur le site du Journal de Montréal.
Le message de Bernard Drainville est limpide: si un juge canadien a accepté qu’une femme puisse participer à une cérémonie de citoyenneté affublée d’un niqab, c’est à cause de cette Constitution canadienne qui a été imposée au Québec, contre sa volonté. Et donc, l’indépendance, ça sert à changer ça. Si on veut prendre nos décisions nous-mêmes, ça va nous prendre un pays.
En l’état actuel des choses, monsieur Drainville sait que le Québec peut imposer que les services publics soient donnés et reçus à visage découvert. Alors, pourquoi l’amalgame? Comme il le précise lui-même, personne au Québec ne déchirerait sa chemise sur la place publique pour s’opposer à cette règle.
Plus le temps passe, plus une question suivante tirée de la conclusion du rapport Bouchard-Taylor me hante, depuis presque sept ans: pour tous les Québécois, l’enjeu reste cependant le même: jouerons-nous la carte de la confiance mutuelle et de l’intégration ou glisserons-nous vers la défiance, qui entraînera et accentuera les effets que l’on cherche précisément à éviter – le rejet, le repli, la ghettoïsation et le fractionnement?
Jusqu’à 2012, je me réjouissais que notre société ait su se prémunir contre ces maux, mais plus maintenant. La défiance est en train de prendre le pas et sur la confiance mutuelle et sur l’intégration.