Les pratiquants pourraient se détourner de Harper
TORONTO — La volte-face conservatrice sur l’accueil des réfugiés syriens au Canada ne suffira peut-être pas à empêcher certains chrétiens pratiquants de se détourner des troupes de Stephen Harper, le 19 octobre.
L’engagement répété de Stephen Harper de n’accueillir que 10 000 réfugiés au cours des quatre prochaines années n’a pas été applaudi par ce groupe d’électeurs considéré comme un des noyaux du parti conservateur.
Le ministre de l’Immigration Chris Alexander a annoncé samedi que le gouvernement accélérerait le traitement des demandes d’asile déposées par les réfugiés syriens afin de délivrer des milliers de visas additionnels d’ici la fin de l’année.
L’annonce n’a pas semblé calmer les appréhensions de certains.
Selon Ryan Dueck, un pasteur d’un temple mennonite en Alberta, plusieurs électeurs croient que la mesure est insuffisante et survient trop tard. Déplorant que M. Alexander ait exprimé plus d’inquiétude au sujet de la sécurité du pays qu’à la crise humanitaire, il a dit accueillir l’annonce avec un certain scepticisme.
«Personne n’a dit que nous voulions ouvrir toutes grandes les portes du pays, du moins à ma connaissance. Je me demande si, en articulant son discours autour de la sécurité faisant partie des principales priorités, il donne une marge de manoeuvre à un gouvernement conservateur après les élections.»
La crise des réfugiés syriens changera-t-elle la perception de la population sur les opinions politiques de chrétiens pratiquants ?
Plusieurs de ces pratiquants — provenant de différentes Églises — affirment qu’il est faux de croire à une corrélation directe entre leur croyance et l’appui à des partis de droite. Selon eux, ce raisonnement ne tient pas compte des nuances des enseignements qu’ils donnent ou reçoivent.
«Nous voulons rejoindre tous les gens qui nous entourent, souligne Rebecca Blaevoet, une orthodoxe de Windsor, en Ontario. (Le Christ) n’a pas dit: ‘Habillez ceux qui sont nus seulement s’ils appartiennent à la même communauté religieuse que vous’. Il a dit: ‘faites-le’».
Mme Blaevoet souligne que la chrétienté vient traditionnellement en aide aux populations dans le besoin. Elle a cité l’exemple des «boat people» dans les années 1970.
La secrétaire générale du Conseil canadien des Églises, Karen Hamilton, a dit que les choquantes photos du cadavre d’un enfant syrien de trois ans reposant sur une plage turque avaient encouragé les communautés à venir en aide aux réfugiés. Selon elle, aucune autre cause n’est plus importante aux yeux de diverses communautés.
Bob McKeon, un catholique d’Edmonton, croit lui aussi que l’annonce du ministre Alexander n’a pas atténué les inquiétudes des chrétiens pratiquants.
«Le besoin est urgent alors pourquoi cette réticence? Le nombre (de réfugiés qui seront acceptés au Canada) n’a même pas augmenté», a-t-il dit.
M. Dueck pense que cet enjeu pourrait même dépasser les clivages partisans chez certains électeurs. Il ajoute qu’aucun programme ne peut représenter à lui seul l’ensemble des opinions politiques de ses ouailles. Il soutient que les conservateurs ne sont pas les seuls qui font appel aux sensibilités chrétiennes.
Il reconnaît cependant que la question des réfugiés suscite des réactions variées au sein de sa communauté. Si certains sont prêts à en accueillir, d’autres se montrent plus xénophobes.
La bigoterie n’a pas de place dans le discours chrétien, affirme M. Dueck, rappelant que le Christ prêchait l’amour universel et priait pour le bien de tous, y compris ceux qui pouvaient être ses ennemis. «Les gens doivent y réfléchir. Ils doivent se dire: ‘Je crois que Jésus est plus important que Stephen Harper, Thomas Mulcair ou n’importe qui d’autre’.»