Tout est une question de fromage
Les commentateurs de l’actualité aiment parfois utiliser des analogies pour tenter de faire mieux comprendre à leurs interlocuteurs une situation complexe.
Une technique qui peut parfois porter fruit. Parfois.
La semaine dernière, Sébastien Bovet de Radio-Canada a voulu expliquer la position du gouvernement sur Anticosti à l’aide de cette belle comparaison:
« Comparons la position du gouvernement du Québec à du fromage. Y’a du fromage à pâte molle, y’a du fromage à pâte semi-molle et y’a du fromage à pâte dure. Le gouvernement aimerait avoir une position pâte dure, mais pour l’instant, il est semi-mou dans la mesure où tout dans son discours dit qu’il va devenir une pâte dure. […] En attendant, tant qu’il reste un fromage à pâte semi-molle, il va se faire attaquer sur sa position face à Anticosti. »
Un grand détour pour dire que Philippe Couillard à l’intention de bloquer les projets de forage sur Anticosti, mais ne peut le confirmer tout de suite. À moins qu’il faille simplement comprendre que le Premier ministre aime le fromage Oka? On ne sait plus trop.
Disons qu’on est loin du corbeau qui tenait en son bec un fromage.
Mais Sébastien Bovet n’est pas le seul à tartiner des analogies fromagères. Jean Lapierre de TVA et du 98,5 est passé maître dans l’art de la comparaison un peu « stretchée« , comme on dit dans le milieu.
En septembre dernier, il utilisait le Cheez Whiz pour illustrer la distribution de l’électorat du Bloc.
« Le Bloc, son vote est un peu partout, c’est un peu comme, comme je sais pas moi, du Cheez Whiz sur une toast chaude: y’a pas de mottons.”
Les amateurs de Cheez Whiz (s’il en existe encore), auront compris qu’il voulait dire qu’il est difficile pour le Bloc d’emporter des circonscriptions puisque ses électeurs sont dispersés plutôt qu’agglutinés dans quelques endroits. Agglutinés comme des mottons de ricotta, mettons.
C’était le cas aussi en février 2013, alors qu’il nous parlait de la campagne de Mélanie Joly à la mairie de Montréal:
“Je dirais que l’appui de Mélanie Joly est étendu un petit peu comme du Cheez Whiz sur une toast chaude. […] T’as pas de mottons. ”
Les temps ont bien changé. Mélanie Joly, ironiquement, a profité du Cheez Whiz du Bloc pour être élue au fédéral.
Jean Lapierre avait utilisé la même comparaison pour décrire la situation de la CAQ, en août 2012.
« François Legault, est-ce que sa clientèle est tellement éparpillée que ça l’air un peu du Cheez Whiz sur une toast chaude ou t’as des mottons à droite pis à gauche?”
Finalement, il y avait bien quelques mottons, mais pas suffisamment pour nourrir toute l’Assemblée nationale.
Mais il n’y a pas que le fromage dans la vie. On peut utiliser la nourriture pour expliquer n’importe quel phénomène. On peut même comparer les ondes gravitationnelles à du Jello. Suffit d’imaginer l’univers comme un bol de Jello et vous voilà astrophysicien.
Vincent Guzzo, propriétaire des salles de cinéma du même nom, est plus terre à terre. Il comparait la semaine dernière la situation du gala des (insérez le nouveau nom des Jutra) à des légumes.
Les juges ont boudé cette année les films populaires pour ne mettre en nomination que des films d’auteur qui ont eu moins de succès au box-office. Selon Guzzo, il faudrait varier le menu un peu.
“Le problème, c’est que c’est dur de faire manger des brocolis à un enfant qui déteste les brocolis. Donc à y dire, j’vais juste te donner des brocolis jusqu’à quand t’apprends à en manger. Ça marche pas. Ça serait intéressant peut-être de dire « on va mettre un peu de pâtes, pis un ptit peu de ça, pis on va mettre du brocoli ». Tsé, y’a un commercial qui fait ça, t’as le droit d’y mentir, oui, c’est des pâtes, mais y’a un petit peu de brocoli dedans.”
Voilà. Le public doit être vu comme un enfant et le cinéma d’auteur, comme du brocoli. Suffit de le cacher à travers le reste des navets pour qu’il passe mieux.
Il en va de même pour l’industrie du livre, si on en croit Mario Dumont, qui affectionne particulièrement ce genre de comparaisons.
En novembre 2013, il expliquait que les éditeurs qui dénonçaient l’idée d’Arlette Cousture de vendre ses livres sans leur intermédiaire agissaient comme des vendeurs de pizza.
“Comme si une pizzeria attaquait le monde dans une cour de centre d’achat si dans leur panier, y’ont de la pâte à pizza, du pepperoni pis du fromage pis y disent: nous on la fait nous-mêmes la pizza ce soir. Et que la pizzeria dirait, non non non, moi je suis un intermédiaire dans la fabrication de la pizza alors vous devez passer par moi”
Évidemment, cette analogie ne fonctionne que si vous considérez le livre comme une pizza all dressed. On ne se le souhaite pas.
Tout ça pour dire que ce n’est pas vraiment nécessaire de se lancer dans des explications complexes quand on peut tout résumer avec la circulaire Provigo…
Faut pas en faire tout un fromage.