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Rentrée parlementaire: quels enjeux pour Montréal?

L'hôtel du Parlement du Québec, hébergeant l'Assemblée nationale. Photo: iStock

Près de deux mois après la réélection de la Coalition avenir Québec (CAQ) avec une majorité écrasante, les débats reprendront demain à l’Assemblée nationale.

À l’aube de la rentrée parlementaire, Métro s’est entretenu avec des experts pour identifier les enjeux prioritaires pour les Montréalais.

Mobilité: des chantiers ambitieux, mais dispendieux

«Pour Montréal, la grande question, c’est la mobilité», affirme sans hésitation la professeure associée de gestion municipale à l’UQAM Danielle Pilette.

Mme Pilette s’attend à plusieurs retards et à des dépassements de coûts dans les différents projets d’infrastructures routières et de transport collectif.

Bien que le chantier du prolongement de la ligne bleue, qui se fait attendre depuis plusieurs décennies, soit sur le point d’être inauguré, de nombreuses questions demeurent, selon la professeure. «Oui, ça va se faire, mais à quel rythme, à quel coût?», se demande-t-elle.

Danielle Pilette soulève aussi des incertitudes quant au REM de l’Est. Notamment, les modalités pour relier le REM au centre-ville et à la ligne de train de banlieue vers Mascouche, qui restent à déterminer.

Concernant les infrastructures routières, elle souligne que la réfection du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, qui a fait couler beaucoup d’encre depuis le 31 octobre, «peut réserver des surprises aussi, en termes de coûts et de délais».

Protection du français: le renforcement de la loi 96

La protection du français est un enjeu «incontournable», remarque le chargé de cours au Département de science politique de l’UQAM André Lamoureux.

Le gouvernement du Québec aura, selon lui, à se prononcer sur le renforcement de la loi 96, notamment sur son application aux entreprises de compétence fédérale et sur l’extension de la loi 101 aux cégeps anglophones.

«[L’enjeu de la protection du français] concerne particulièrement la grande région de Montréal», explique-t-il, la grande majorité de la population anglophone et allophone du Québec habitant la région métropolitaine.

Le ministre de la Langue française, Jean-François Roberge, aura un rôle difficile à jouer pour mener ce dossier litigieux, qui fera l’objet de nombreux débats parlementaires, note le professeur.

La question du respect du français en général, des dispositions de la loi 101, il y a beaucoup d’accrochages.

André Lamoureux, chargé de cours au Département de science politique de l’UQAM

Immigration: défis d’accueil et polarisation

André Lamoureux soulève les nombreux défis qui attendent le gouvernement provincial sur le plan de l’immigration.

«Quel va être le plan du gouvernement pour son objectif de recevoir 80% des immigrants à titre de candidats francophones?», se demande-t-il.

L’accueil de ces immigrants, tout comme la gestion de l’immigration irrégulière qui entre au Québec par le chemin Roxham, constitue un «gros enjeu» qui touchera la métropole, selon le politologue.

Par ailleurs, Danielle Pilette souligne le risque «assumé» que François Legault et son gouvernement aliènent les Montréalais avec leurs propos et leurs politiques en matière d’immigration. Rappelons que le premier ministre avait fait plusieurs déclarations incendiaires lors de la dernière campagne électorale, pour lesquels il s’était éventuellement excusé.

«Montréal, malgré tout ce qu’on dit, c’est le lieu d’accueil des immigrants», note-t-elle.

Sécurité publique: la prévention de la violence armée

Les deux experts consultés s’entendent pour dire que le contrôle des armes à feu sera au centre des discussions à l’Assemblée nationale, considérant la recrudescence de la violence armée à Montréal.

Le ministre de la Sécurité publique, François Bonnardel, «a du pain sur la planche», affirme André Lamoureux.

Il revient au gouvernement du Québec, en partenariat avec Ottawa, de contrôler la circulation et la distribution d’armes à feu sur son territoire, observe le politologue. Plus largement, Québec a aussi la responsabilité de s’assurer que les différents corps policiers sur son territoire agissent de concert, selon lui.

De son côté, Danielle Pilette note que Québec finance certains programmes du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), et «qu’il a beaucoup à dire sur la formation de la relève policière».

D’ailleurs, le gouvernement de la CAQ doit bientôt confirmer la nomination de Fady Dagher, reconnu pour son approche basée sur l’immersion communautaire, à la tête du SPVM.

Le financement des municipalités

Le 7 novembre dernier, la Ville de Montréal tenait la première édition du Forum sur la fiscalité montréalaise. À l’issue de ce forum, Valérie Plante a réclamé un nouveau mode de financement des municipalités, dénonçant le modèle «archaïque» actuel.

L’administration montréalaise veut un changement de paradigme de la Loi sur la fiscalité municipale elle-même […] On veut diversifier nos sources de revenus, moins dépendre de la taxe foncière.

Danielle Pilette, professeure associée de gestion municipale à l’UQAM

Cela étant, il n’y aura pas nécessairement plus d’ouverture de la part du gouvernement Legault que chez ses prédécesseurs pour répondre à cette demande récurrente des villes, selon Danielle Pilette. La professeure ne voit pas «le gouvernement du Québec céder des parts de ses propres champs de taxation».

Il est toutefois possible que le gouvernement provincial accorde certains accommodements financiers à la Ville de Montréal à la pièce, sans revoir le mode de financement dans son ensemble, explique la spécialiste en administration municipale.

Une méthode que Québec aurait apprise du gouvernement fédéral à ses dépens, notamment dans le domaine de la santé. «Québec apprend d’Ottawa: on peut être généreux de temps à autre, pour des problèmes ponctuels, sans changer la formule», affirme-t-elle.

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