Xavier Giannoli a présenté à Cannes "À l'origine"…
Palme du court métrage en 1998 pour "L’Interview", en compétition il y a trois ans avec "Quand j’étais chanteur", Xavier Giannoli a présenté à Cannes " A l’origine", son quatrième et sans doute plus beau film, sans conteste le plus troublant, inspiré de l’histoire vraie d’un homme (François Cluzet, incroyable), dépassé par l’immense arnaque qu’il met en scène. Rencontre avec le cinéaste sur une plage de la Croisette.
Avez-vous l’impression qu’il s’agit du film le plus fort de votre carrière?
Ce qui est sûr, c’est que je n’avais pas mesuré la folie de cette entreprise. Je sentais que dans le fait divers qui m’a inspiré il y avait une matière humaine d’une richesse, d’une complexité, d’une puissance inouïe. Je savais aussi que ça allait être un vertige pour moi au moment de l’écriture car écrire un film, c’est toujours une autobiographie potentielle. Et je savais que dans le destin de cet homme, il y avait quelque chose qui allait m’emporter. C’est ce qui s’est passé aussi pour François Cluzet, je crois.
"À l’origine" dépasse vite le récit d’un simple fait divers…
Le devoir d’un auteur lorsqu’il lit un fait divers, c’est de parvenir à ressentir ce qu’il a de vérité humaine. Que nous dit-il du monde de fou dans lequel on vit ? Qu’est-ce que tout ça exprime de façon plus intemporelle sur l’être humain, son besoin d’idéaux, de rencontres, d’expériences collectives, son égoïsme et sa cupidité aussi ? J’avais l’impression que le fait divers interrogeait l’origine même de la nature humaine, d’où le titre.
C’est un projet vieux de dix ans et pourtant il est extrêmement ancré dans l’actualité. Coïncidence?
Mon projet n’était pas de faire un film "d’actualité". Je suis d’ailleurs assez exaspéré par l’insupportable bavardage politique. Je vois les talk shows à la télé avec ces hommes politiques qui ont du charme, qui trouvent des formules… Mais tout ça c’est de l’illusion, de l’imposture. Or ce qui me touchait avec ce pauvre gars qui sort de prison, qui n’est ni un intellectuel, encore moins un politique, c’est qu’il tente de tenir sa promesse. A notre époque, n’est-ce pas le début d’une société viable que quelqu’un qui tient sa promesse?
Vous avez rencontré le vrai Philippe Miller. Que vous-a-t-il inspiré?
D’abord après avoir lu le fait divers, j’en ai parlé avec mon ami écrivain Jean-Paul Dubois qui m’a convaincu d’en faire un film. Ensuite j’ai rencontré le juge d’instruction chargé de l’affaire, Laurent Leguevaque, qui a senti que j’étais animé par une énergie assez pure par rapport à l’histoire. Il m’a donné un droite de visite pour aller voir l’homme en question à la prison de Macon. Là je me suis retrouvé face à quelqu’un de très modeste, très silencieux. Ce n’est pas un jouisseur de l’imposture. Il vit plutôt l’imposture de façon discrète et inquiète. C’est aussi quelqu’un qui par sa grande qualité d’écoute, peut très vite devenir celui dont vous avez besoin.
Avez-vous pensé à François Cluzet immédiatement?
Non, pas du tout. En général je n’écris avec aucun comédien en tête, hormis pour ce film-là Emmanuelle Devos, qui interprète la maire de la commune. C’est quelqu’un d’inouïe de grâce, de profondeur, de classe. Pour revenir au personnage de Miller, il n’avait au départ aucun visage. Lorsque je m’intéresse à l’acteur que je vais prendre, je m’attends à ce qu’il mette en crise ce que j’écris. Qu’une étrange fusion opère. Avec François Cluzet il y a eu comme un vertige. Dans ce rôle, je l’ai vu se perdre… ou peut-être plutôt se trouver.