Rencontre avec le Coréen Park Chan-wook, réalisateur de Thirst
On frémissait d’impatience avant la projection de Thirst, le nouveau film de Park Chan-wook, qui nous avait fait jubiler avec le magistral Old Boy, Grand Prix à Cannes en 2004, et deuxième volet de sa trilogie sur la vengeance. Le réalisateur coréen nous avait mis l’eau à la bouche en nous présentant son film comme un mélodrame érotique, déprimant et tragique. Verdict: si on reste bien dans son univers empreint d’humour noir et de violence, Thirst ne nous a pourtant pas fait décoller de notre siège. Mais notre déception est toute relative, Park Chan wook reste un réalisateur étonnant et incontournable. Rencontre.
Vous avez mis dix ans pour monter ce film. Pourquoi cela vous a-t-il pris autant de temps?
Parce que je n’avais pas trouvé la fin de mon histoire qui était à l’époque très courte, puisqu’elle ne faisait que cinq pages. L’idée de départ était de raconter le destin d’un prêtre qui devient un vampire. Entre temps, j’ai eu d’autres projets et j’ai laissé celui-là de côté. Par la suite, comme les gens n’arrêtaient pas de dire que j’utilisais beaucoup de sang dans mes films, je me suis dit : pourquoi ne pas faire un film dont le sujet principal serait le sang? Et cette fois, personne ne pourra dire qu’il y a trop de sang dans un film sur les vampires!
En quoi le vampire de votre film est-il différent de ceux qu’on a l’habitude de voir au cinéma?
J’ai enlevé tous les éléments fantastiques qui caractérisent habituellement les vampires pour qu’on les percoive comme des êtres réels, des créatures malades et faibles. J’ai juste conservé leur peur du soleil que je vois comme une métaphore de la punition divine.
Plus qu’une histoire de vampires, Thirst n’est-il pas plutôt un film sur une passion destructrice?
Oui, on peut voir le film comme ça. Tout dépend du point de vue des spectateurs. Pour ceux qui aiment « le gore », Thirst sera perçu comme un film d’horreur tandis que ceux qui se posent des questions plus existentielles le verront comme un film sur la religion.
Le thème de la rédemption est récurrent dans tous vos films. On a le sentiment qu’ici la rédemption est impossible…
Effectivement. Ce prêtre n’avait pas la volonté de devenir vampire. Il voulait juste sauver ses semblables en participant à cette expérience médicale dangereuse. On ne sait pas pourquoi il devient vampire mais il accepte sa condition et tente de faire de son mieux. C’est par amour qu’il sauve donc Tae-Ju mais lorsqu’il voit tous les méfaits qu’elle commet, il prend la responsabilité de ses actes et décide qu’ils doivent tous les deux disparaître. La seule manière pour lui de trouver la rédemption, c’est dans la mort.
C’est la troisième fois que vous collaborez avec Song Kang-Ho. Comment votre relation a-t-elle évolué avec le temps?
ça faisait longtemps qu’on n’avait pas travaillé sur un film tous les deux. Mais on se voit beaucoup et on boit très souvent ensemble. C’est comme avec nos femmes : on est si proches et on se voit tellement souvent qu’on n’arrive pas à déceler de changements dans notre relation!