Chicago : On aura tout vu!
Avec Chicago, difficile de ne pas savoir à quoi s’attendre. On connaît l’intrigue (dans l’Amérique des années 1920, deux meurtrières sont prêtes à tout pour devenir célèbres), les chansons (All That Jazz, Razzle Dazzle) et le look (d’affriolants costumes noirs qui épousent les formes athlétiques des interprètes). Mardi soir, avant le lever du rideau à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, on nous exposait même les grands thèmes de l’Å“uvre. «Mesdames et messieurs, vous vous apprêtez à voir une histoire de meurtre, de cupidité, de corruption, de violence, d’exploitation, d’adultère et de trahison», signalait une des danseuses de la troupe en se pavanant sous les feux des projecteurs.
Et tout ça, c’est sans compter l’adaptation cinématographique lauréate de l’Oscar du Meilleur film en 2003 et mettant en vedette Catherine Zeta-Jones et Renée Zellweger.
Vous croyez avoir tout vu? Vous avez tort.
Avec humour
De passage à Montréal pour huit représentations, la production londonienne de Chicago plaira autant aux néophytes qu’aux experts. Les premiers découvriront avec grand bonheur le style audacieux et fluide des chorégraphies de Bob Fosse et l’univers musical métissé de John Kander, tandis que les seconds se réjouiront de la mise en scène épurée au cÅ“ur de laquelle se trouve un orchestre qui, tel un personnage, interagit à plusieurs reprises avec les véritables stars de la production : les comédiens.
Ces derniers font preuve d’une grande flexibilité… et pas seulement sur le plan physique. Dans le rôle de l’ensorcelante Velma Kelly, la Montréalaise Terra C. Macleod offre un savant mélange de fougue et d’impertinence, sans rien perdre de son élégance. En ouverture de séance, son interprétation du célèbre All That Jazz donne le ton : les spectateurs auront droit à un enchaînement de numéros léchés et lascifs réglés au quart de tour.
La Roxie Hart rousse (!) de Bonnie Langford affiche pour sa part une candeur rafraîchissante. Rendant parfaitement la ridicule soif de gloire de son alter ego, l’actrice témoigne d’un sens inné de la comédie. Sa gestuelle et ses intonations quelque peu clownesques évoquent à l’occasion celles de Cheri Oteri, autrefois de Saturday Night Live.
Où sont les hommes?
Les hommes assument aussi leur part de responsabilité dans le succès de Chicago.
Dans la peau de Billy Flynn, le plus arrogant des avocats de la Ville des vents, Brent Barrett met à profit son charisme de star de soap américain, tandis que sous les traits du pauvre Amos Hart, le mari cocu de Roxie, Ron Orbach réussit à gagner notre sympathie après les premiers accords de Mister Cellophane.
Soulignons aussi le travail remarquable de la douzaine de danseurs, qui exécutent avec une aisance déconcertante des mouvements à la fois acrobatiques et irrésistiblement langoureux.