Mary & Max d'Adam Elliot: La vraie vie en plasticine
Adam Elliot n’aime pas l’expression «politiquement incorrect»… surtout lorsqu’on tente de l’accoler à son dernier film, Mary & Max. Le cinéaste australien a beau avouer que son tout premier long métrage d’animation raconte une histoire d’amour entre un homme de 44 ans et une fillette de 8 ans, il rejette l’idée qu’on puisse le qualifier de «socialement inadmissible».
«Je préfère l’appellation « moralement correct » parce qu’au final, on y parle de respect et d’acceptation des différences, dit-il à l’autre bout du fil. J’essaie d’illustrer des valeurs positives dans mes films, mais d’un autre côté, je ne peux pas fermer les yeux sur les facettes plus sombres de la vie.»
Recourant à la technique d’animation de pâte à modeler, Mary & Max évoque la relation épistolaire de deux personnes issues de milieux opposés. D’une part, on retrouve Mary Daisy Dinkle, une gamine joufflue et solitaire vivant dans la banlieue de Melbourne, en Australie. Négligée par ses parents, la petite brunette cherche désespérément un ami, à tel point qu’elle envoie une lettre au premier nom qu’elle déniche dans un bottin téléphonique new-yorkais.
L’heureux élu se nomme Max Horowitz, un juif obèse dans la quarantaine atteint du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme. Adam Elliot a dû trimer dur avant de trouver un
producteur prêt à porter son scénario semi-autobiographique à l’écran, et ce, même s’il venait de gagner l’Oscar du Meilleur court métrage d’animation pour Harvie Krumpet.
«Disons que le processus a été ardu, note le cinéaste. Encore aujourd’hui, mon distributeur rechigne quand je mentionne aux médias qu’il s’agit d’une histoire d’amour. Il préfèrerait que je parle d’amitié, mais il oublie que, dans l’amitié, il y a aussi de l’amour!»
Anti-Hollywood
Présenté en ouverture du dernier Festival du film de Sundance (une première pour un film d’animation), Mary & Max ne bénéficiera toutefois pas d’une sortie à grande échelle aux
États-Unis, en raison de son humour noir et de la gravité de son propos.
Dépression, marginalité, suicide… Tous ces sujets n’effraient pas Adam Elliot, qui a toujours refusé de succomber aux charmes d’Hollywood, et ce, malgré le nombre effarant d’offres que la capitale des grands studios américains lui a présentées. «Il y a des jours où je me dis que ça aurait été bien de réaliser Shrek 5 ou n’importe quel autre méga production du genre, et d’empocher un salaire 10 fois plus élevé que celui qu’on m’offre présentement [en Australie], admet l’artiste de 37 ans. Mais faire des dessins animés avec des animaux qui parlent ne m’intéresse pas. Je veux parler de la vraie vie.»
Une histoire vraie
Aussi incroyable que cela puisse paraître, Adam Elliot s’est inspiré de sa propre enfance pour écrire le scénario de Mary & Max. Tout comme son héroïne, le cinéaste australien a entretenu une relation épistolaire avec un quadragénaire atteint du syndrome d’Asperger quand il était enfant. Les deux hommes ne se sont jamais rencontrés, mais continuent de s’écrire. «Je lui ai envoyé la version finale du film, mais comme tous ceux qui souffrent de cette forme d’autisme, il ne comprend pas l’intérêt de la chose et préfère de loin la suite de Transformers!» s’exclame le cinéaste en riant.
Mary & Max
En salle dès demain