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Musée Éden à Radio-Canada: Un sublime musée des horreurs

Il n’y a pas de doute : Radio-Canada croit en la valeur de Musée Éden. Pour se payer une série aussi coûteuse, la société d’État a dû en échelonner le financement sur deux années financières. À 156 000 $ par épisode, et compte tenu des budgets limités dont elle dispose, elle n’avait pas le choix. Le jeu en a toutefois valu la chandelle puisque l’Å“uvre captive non seulement par son emballage somptueux, mais aussi par son intrigue bien ficelée, à mi-chemin entre le film historique et le thriller policier.

Signée Gilles Desjardins (Les muses orphelines, Les pots cassés), l’histoire de Musée Éden se situe dans le Montréal mal famé de 1910. Fraîchement sorties de leur Manitoba natal, Florence (Laurence LebÅ“uf) et Camille (Mariloup Wolfe)   arrivent dans cet univers glauque et violent pour prendre possession de leur héritage : un musée qui appartenait à leur oncle avant que celui-ci soit tué.

Mais le Musée Éden n’est pas comme tous les musées. Plutôt que d’exposer des tableaux et des sculptures, l’établissement se spécialise dans la reconstitution de meurtres ayant défrayé la manchette. Tel un journal en trois dimensions, le petit commerce présente des poupées de cire grandeur nature avec à la main des couteaux de boucher, des revolvers et autres armes mortelles. Fait à noter : le sang qu’on retrouve sur ces potiches n’est du ketchup. Il s’agit de l’hémoglobine des vraies victimes!

Force est d’admettre que l’oncle Courval était minutieux dans son travail… Derrière la caméra, Alain Desrochers (Les Bougon, Nitro) a lui aussi fait preuve d’une grande rigueur. En entrevue, le réalisateur dit avoir pris plaisir à dépeindre le Mont­réal bouillonnant du début du XXe siècle. Et ça paraît.

La métropole du cinéaste est peut-être vieille d’une centaine d’années, mais ça ne l’empêche pas d’être grinçante et cool. En variant la pixélisation des ima­ges (particulièrement dans les flash-back), il insuffle un vent de modernité à une série quasi historique.

Il faut dire que les thèmes abordés dans Musée Éden ne sont pas ancrés dans le passé. Pour le meilleur et pour le pire, ils sont plus que jamais d’actualité : corruption policière, homophobie, condition féminine et voyeurisme.

Le bon ton
Même s’il entre dans la catégorie du thriller policier, Musée Éden parvient à ne pas se prendre trop au sérieux. Gilles Desjardins a eu la bonne idée d’ajouter quelques pointes d’humour à des moments hautement dramatiques. Combinées à des intrigues amoureuses plutôt divertissantes, ces ruptures de ton empêchent la série de tomber dans la lourdeur et la prétention, un piège pas facile à éviter quand on doit composer avec autant de chapeaux à plumes et de costumes d’époque!

Le jeu des comédiens participe aussi au succès de l’entreprise. Troquant son sarrau de résidente en chirurgie dans Trauma pour de grosses robes à crinoline, Laurence LebÅ“uf joue à merveille une fille craintive et naïve. Grâce à un sourire lumineux et à une retenue diablement efficace dans les moments de suspense, l’actrice de 24 ans perce l’écran.

Même chose pour Mari­loup Wolfe, qui fait preuve d’un aplomb remarquable dans le rôle de la sÅ“ur aînée courageuse et entêtée. Loin, très loin de l’image d’idole adolescente de Ramdan et autres À vos marques… party!

Vincent-Guillaume Otis, Éric Bruneau et Guy Nadon font également partie de la distribution.
En somme, Musée Éden est la réponse à ceux qui n’ont pas trouvé leur compte dans les Mirador, Toute la vérité et autres nouvelles fictions  télé de l’hiver.

Bonne nouvelle : Gilles Desjardins indique qu’il a toujours considéré Musée Éden comme une trilogie. Ne reste plus qu’à espérer que la SRC aura les moyens des ambitions de l’auteur.

Musée Éden
À Radio-Canada
Le mardi soir, 21 h
À compter du 16 mars

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