Abbas Kiarostami dirige Juliette Binoche dans Copie Conforme
Le dernier film d’Abbas Kiarostami, Copie Conforme, est présenté en compétition à Cannes. Rencontre avec le réalisateur et sa muse française.
Copie Conforme laisse une grande liberté d’interprétation au spectateur. Est-ce une chose importante pour vous?
Abbas Kiarostami : Le spectateur a un rôle essentiel dans la construction d’un film. Ce que nous proposons n’est qu’une oeuvre inachevée. Nous ne détenons aucune vérité.
Le film parle de l’usure du couple. Est-elle inévitable?
Juliette Binoche : Moi je me suis souvent arrêtée avant l’usure, alors je ne peux pas vous répondre…
A.K. : Le problème dans un couple, c’est qu’on ne parvient pas à devenir une belle antiquité. On détruit l’autre, on l’use jusqu’à la corde. Juliette a raison, il faudrait partir avant la destruction finale. Mais j’ai la vanité de croire qu’on peut encore colmater les brèches et restaurer les antiquités.
Juliette, Abbas a écrit le film pour vous. Ce rôle a-t-il été difficile à jouer?
J.B. : Tout personnage est difficile à jouer. Ce film a été comme un saut en parachute. J’ai été l’actrice qu’Abbas a voulu que je sois. Mais avec une liberté totale et la précision d’un grand maître de musique.
Qu’avez-vous appris l’un de l’autre durant cette expérience?
J.B. : Je crois qu’on a continué à s’aimer à travers une forme artistique et à faire vibrer cette intimité qu’on a naturellement. Cette alliance nous a permis de nous oublier pour aller vers ce bébé qui s’appelle un film.
A.K. : C’est le film le plus libre et le plus amoureux que j’ai jamais fait car chacun était impliqué de tout son cÅ“ur.
Pour vous, le cinéma est-il la copie conforme de la vie?
J.B. : Le cinéma, c’est recréer la vie. Mais cette condensation de vie est parfois plus intense que la réalité. C’est ce qu’on appelle de l’art.
A.K. : Je n’ai pas de meilleure réponse à donner.