Cannes en mode polémique
Peut-on juger de la réussite d’un Festival de Cannes au nombre de polémiques qu’il suscite? Si c’est le cas, alors l’édition 2010 promet d’être un grand cru puisque, avant même leur présentation sur la Croisette, deux longs métrages ont d’ores et déjà défrayé la chronique ces derniers jours.
D’abord Hors-la-loi, le nouveau film de Rachid Bouchareb, le réalisateur d’Indigènes, qui a soulevé la colère d’élus de l’UMP (Union pour un mouvement populaire) et d’un collectif proche de l’extrême droite qui menace de «pourrir» le festival. En cause, une séquence de six minutes relatant le massacre de Sétif, le 8 mai 1945, dans un film qui raconte les premiers
pas du Front de libération nationale en France.
L’autre polémique, c’est Draquila, un docu-fiction de l’Italienne Sabine Guzzanti, qui entend dénoncer la mainmise de proches de Silvio Berlusconi dans la reconstruction de L’Aquila après le tremblement de terre meurtrier de 2009. Le ministre de la Culture Sandro Bondi a annoncé la fin de semaine dernière qu’il boycotterait le festival pour protester contre «une insulte au peuple italien».
Provocateur, le Festival de Cannes? On ne compte plus les sifflets, les hurlements et les sièges qui claquent quand on présente des longs métrages sulfureux ou esthétiquement discutables. Avec la sélection de Hors-la-loi, de Draquila et d’autres films en résonance directe avec l’actualité, comme Wall Sreet 2 d’Oliver Stone, Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, Fair Game de Doug Liman ou encore Inside Job, un documentaire sur la crise financière narré par Matt Damon, la plus grande manifestation cinématographique de la planète rappelle également sa dimension engagée.
L’an dernier, le Festival de Cannes n’avait pas hésité à diffuser Nuits d’ivresse printanière, une Å“uvre du cinéaste chinois Lou Ye, dont le tournage avait été interdit par Pékin. Cette année encore, le président du festival, Gilles Jacob, a lancé une invitation symbolique à rejoindre le jury au cinéaste iranien Jafar Panahi, emprisonné depuis le 1er mars au motif qu’il préparerait un film contre le régime de Mahmoud Ahmadinejad.
Encore une fois?
Trois cinéastes brigueront une seconde Palme d’or cette année.
1. Ken Loach (Angleterre)
The Wind That Shakes the Barley (2006)
2. Abbas Kiarostami (Iran)
Le goût de la cerise (1997)
3. Mike Leigh (Angleterre)
Secrets and Lies (1996)