Le drôle de blues de Cyndi Lauper
Selon les dires de la chanteuse, c’est un blues «réjouissant» qu’elle nous a servi hier soir au Métropolis. Au final, ce sont toutefois ses succès des années 1980 qui nous ont le plus réjoui. «Le blues est la base de tout ce que j’ai jamais fait. Je veux juste retourner à la source», a-t-elle lancé en milieu de prestation.
Ah oui? Loin de nous l’idée de mettre en doute les nobles intentions de la dame, mais avouons qu’il est plutôt difficile de prendre sa dernière incarnation au sérieux quand on jette un coup d’Å“il à ses récentes activités (et on ne fait pas seulement référence à sa participation à la téléréalité Celebrity Apprentice de Donald Trump).
Musicalement, Lauper ne semble pas savoir où donner de la tête depuis quelque temps. Après une étrange incursion dans le répertoire des standards de la chanson grand public (At Last, en 2003), une relecture acoustique de ses vieux hits (The Body Acoustic, en 2005) et une escapade dans le monde de l’électro-dance (Bring Ya to the Brink, en 2009), l’artiste de 57 ans opte aujourd’hui pour le style qui a fait la renommée d’artistes comme B.B. King, avec qui elle a d’ailleurs collaboré sur son nouvel album, Memphis Blues.
Cela n’a donc étonné personne que’elle consacre la première partie de son tour de chant à cet opus, dont elle a joué – dans l’ordre – la quasi-totalité des pièces. Après être entrée en scène sous les applaudissements enthousiastes de la foule, la lionne (ou plutôt la léoparde, à en juger par l’imprimé tacheté de sa tenue) a montré qu’elle a encore du chien avec Just Your Fool, un morceau qu’elle a agrémenté de coups de pied, évoquant l’image de ses vieux clips. Entourée de six talentueux musiciens, Lauper a vite été rejointe par Allen Toussaint, qui s’est installée au piano pour Shattered Dreams et Early in the Mornin’.
Aussi puissant qu’il soit, le gosier de la chanteuse ne se prête pas vraiment au blues. Lauper a beau multiplier les grimaces, son ton saccadé et haut perché (qui n’a pas perdu son côté «Minnie Mouse sur l’hélium») se marie fort mal avec l’esprit du blues. Le spectacle n’en fut pas moins divertissant, grâce notamment au charisme de l’artiste, qui a réussi à nous faire patienter pendant une bonne heure avant de nous servir ce que nous attendions tous : ses vieux hits. Les synthétiseurs clinquants des années 1980 brillaient peut-être par leur absence (et on se serait passé de l’harmonica sur Girls Just Wanna Have Fun), mais le cÅ“ur et l’énergie, eux, répondaient à l’appel. Et c’est tout ce qui comptait.