Culture

Le Grand Orgue de l’OSM célèbre ses cinq ans

Le Grand Orgue de l’OSM célèbre ses cinq ans
Photo: Josie Desmarais/MétroJean-Willy Kunz et Olivier Latry

L’orgue Pierre-Béique célébrait dimanche ses cinq ans au sein de l’Orchestre symphonique de Montréal. Métro a découvert les dessous de l’imposant instrument avec les organistes Jean-Willy Kunz et Olivier Latry.

On pense souvent à l’orgue comme un instrument dramatique qu’on entend dans les églises lors de funérailles ou de grandes messes. L’instrument pâteux, parfois snobé par les chefs d’orchestres pour ses notes fortes et imposantes, ne fait pas l’unanimité, explique l’organiste de Notre-Dame de Paris, Olivier Latry, en visite à Montréal pour le concert anniversaire du Grand Orgue de Montréal.

Le musicien avoue s’être longtemps battu pour y voir son instrument dans les salles de concerts européennes.

«C’est toujours extrêmement ingrat un orgue, il faut le dire!» lance celui qui est aussi organiste émérite de l’Orchestre symphonique de Montréal. Il juge que l’instrument n’a pas été conçu pour être joué avec un orchestre et que, lorsqu’il est présent dans certaines salles de concert, il est souvent laissé pour compte par les chefs d’orchestre.

«On a souvent construit des orgues d’églises, qu’on a ensuite mis dans des salles de concerts. Si le répertoire n’est pas le même, l’utilisation n’est pas la même et tout le monde s’en rend compte, mais ce n’est pas une priorité, tandis qu’ici ça l’est», estime l’organiste.

Un orgue d’orchestre
Le Grand Orgue Pierre-Béique de Montréal semble briser certains tabous. Étant l’un des premiers orgues de salle de concert adapté pour un orchestre, il diffère des orgues plus traditionnels que l’on peut trouver dans des lieux de cultes.

Lors du concert anniversaire du Grand Orgue de Montréal de dimanche dernier, les organistes Olivier Latry, Jean-Willy Kunz, Shin-Young Lee, Christian Lane et le percussionniste Serge Desgagnés ont interprétés des classiques de Schumann, Bach, Stravinsky et Ravel devant une salle comble. Parfois doux comme une berceuse et parfois si fort qu’il fait sursauter, l’instrument ne passe pas inaperçu.

Muni de 6489 tuyaux, l’orgue peut sonner plus doux qu’une flûte traversière et plus fort que tous les cuivres d’un orchestre, confie à Métro l’organiste en résidence à la Maison Symphonique de Montréal, Jean-Willy Kunz.

«Dans un orgue, vous avez une âme, mais, malgré tout, ça reste une machine. Donc, si la machine n’est pas parfaite par rapport à l’orchestre, il va y avoir une divergence terrible et on a besoin que l’orgue soit le plus musical possible. Ce n’est pas parce que je suis partie prenante, mais je crois que c’est réussi», a déclaré Olivier Latry, qui a été consultant pour le Grand Orgue Pierre-Béique, en entrevue.

Depuis son installation le 28 mai 2014, l’orgue a été intégré dans 25% des concerts de l’Orchestre Symphonique de Montréal. Pour Olivier Latry, ce fait est absolument remarquable. «Je crois que ça se fait nulle part ailleurs, même à Paris je ne crois pas qu’on en soit là», estime-t-il.

Meurtri par le feu qui a sévit la cathédrale Notre-Dame de Paris, où il joue de l’orgue depuis 34 ans, le musicien espère bientôt retrouver son instrument qui a été sauvé des flammes. Même si l’orgue de l’OSM n’a pas la même histoire que celui de Notre-Dame de Paris, le Français lui trouve un air de famille.

Propager la bonne nouvelle
Les instrumentistes Jean-Willy Kunz et Olivier Latry estiment que Montréal est l’un des endroit dans le monde qui utilisent le plus l’orgue. Depuis l’inauguration du Grand Orgue de Montréal, la Maison de la Radio, à Paris, et la Philharmonie de Hambourg, se sont dotées de nouveaux orgues et d’organistes en résidences.

Jean-Willy Kunz est heureux de savoir que Montréal sert de modèle à l’international. Outre dans les concerts solo et les répertoires classiques de l’OSM, M.Kunz a intégré l’instrument dans un registre plus moderne et lui a donné une bouffée d’air frais.

«L’instrument ingrat» de Montréal a entre autres été joué dans un registre jazz avec le saxophoniste Brandfors Marsalis, dans un registre pop en accompagnant Pierre Lapointe, pendant un concert avec des astronautes en direct de l’espace, en accompagnement en direct d’une projection de film, dans une soirée d’improvisation, et il sera également joué dans un concert de musique folklorique ainsi qu’un concert rock.

«Des idées de constructions d’orgues, de programmation musicales et artistiques avec l’orgue, on les initient un peu ici et on propage la bonne nouvelle ailleurs», lance Jean-Willy Kunz avec humour.

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Le Grand Orgue Pierre-Béique en chiffres

  • Le Grand Orgue Pierre-Béique a résonné dans 150 concerts et a accueilli 38 organistes provenant de neuf pays différents.
  • 279 des 6489 tuyaux le composant sont visibles sur la scène de la Maison Symphonique. Il comporte 83 jeux, 116 rangs et 109 registres.
  • Le plus petit tuyau de l’orgue mesure 1 cm, le plus grand, 32 pi.
  • L’orgue, d’une valeur de 5 M$, a été offert à la Maison Symphonique de Montréal par madame Jacqueline Desmarais qui en a assumé le coût total.
  • La Maison Casavant de Sainte-Hyacinthe a mis quatre ans pour le construire, 72 artisans ont travaillé à l’élaboration de cet orgue.