Le jeu de la mort: Oui, chef!
C’est il y a une dizaine d’années, en relisant les travaux de Stanley Milgram pour préparer une série documentaire sur la violence, que le producteur français Christophe Nick a eu l’idée du documentaire Le jeu de la mort. «À peu près à la même époque, je suis tombé sur l’émission Le maillon faible à TF1, se rappelle-t-il. Il y avait là une animatrice qui insultait les candidats, qui, eux, devaient s’éliminer les uns les autres. Je me suis dit : « Aujourd’hui, c’est à une animatrice qu’on obéirait bien plus qu’à un scientifique. » L’expérience de Milgram donne un instrument de mesure du pouvoir que peut détenir une forme d’autorité. Donc l’idée, c’était de mesurer le pouvoir de la télé dans ses limites les plus abjectes.»
Le producteur et son équipe ont donc recruté 80 personnes pour participer au «pilote d’un nouveau jeu télévisé», selon un échantillon représentatif (autant d’hommes que de femmes, de différents âges et classes sociales, consommateurs ou non de téléréalités). Un participant devait poser des questions à un autre et lui administrer des chocs électriques d’intensité croissante s’il se trompait. Le candidat qui répondait était en fait un acteur et ne recevait aucun choc. «Les résultats nous ont vraiment étonnés, admet Christophe Nick. Non seulement 80 % des participants se sont rendus à la décharge mortelle, soit environ 20 points de plus que chez Milgram, mais le degré d’obéissance ne variait pas, même lorsqu’une autre autorité, la productrice de l’émission, venait demander de tout arrêter.
Chez Milgram, dans la même situation, tous écoutaient le second scientifique, parce que l’ordre correspondait à leurs valeurs.» C’est là que l’équipe a pris conscience de l’emprise de la télévision. «On n’est pas simplement dans un rapport hiérarchique, croit Christophe Nick. Les gens, dans une situation qui est complètement incroyable, n’ont qu’une référence : ce qu’ils voient à la télé. Un monde où on sourit tout le temps, où on ne fait pas de scandale.»
Chez Milgram, un petit nombre de participants ont montré des signes de dépression après s’être fait prouver qu’ils auraient le potentiel de torturer un autre être humain, alors Christophe Nick, le réalisateur Thomas Bornot et leur équipe se sont assurés que les sujets bénéficiaient de soutien psychologique immédiatement après la fin de l’expérience. «Ça n’a pas été un moment de rigolade sur le plateau, admet Thomas Bornot. Certains en ont fait des nuits blanches, mais tous nous disent qu’ils ne regrettent pas du tout d’avoir vécu cette expérience, et que ç’a fait ressortir des choses très positives pour eux. Ils ont réussi à se positionner dans la vie, par rapport à la famille, à la religion, au travail… Ils ont compris qu’ils pouvaient prendre leur vie en main et faire des choix. L’expérience s’est donc avérée une véritable thérapie.»
Le jeu de la mort
En salle dès vendredi